Non à la militarisation des corps et des esprits

L’Empire frappe tous ceux qui ne se plient pas. Les divers fronts s’étendent et se durcissent : Russie, Palestine, Liban, Soudan, RDC, Iran, Cuba… avec des sanctions, des taxes ou… des bombes. La militarisation du monde prend de telles proportions qu’une guerre globale n’est plus improbable, d’autant plus que certains pays européens envisagent de plus en plus sérieusement une confrontation armée avec la Russie et s’y préparent.

Le Président des Etats-Unis Donald Trump pousse à la course à l’armement. Au niveau de l’OTAN il a toujours considéré que les autres membres étaient des mauvais payeurs et en conséquence il a menacé début 2025 de ne plus garantir leur protection s’ils ne consacraient pas 5 % de leur PIB à l’alliance atlantique. L’engagement pris en 2014 était de 2 % et certains à l’instar de l’Allemagne et de la France restaient en dessous de ce taux. Entre temps, le prétexte d’une menace russe justifierait des hausses de budget militaire colossales et incite les gouvernements à renflouer les budgets défense en procédant à des coupes drastiques dans les dépenses publiques. Et pour le moment en France et ailleurs rares sont celles et ceux qui interrogent le sens de cette course à l’armement1.

L’Union européenne n’est pas en reste. Depuis l’annonce de la suspension de l’aide militaire des Etats-Unis à l’Ukraine et la poursuite de la guerre contre la Russie, l’UE considère qu’il faut « renforcer sa souveraineté » en se réarmant. Le Plan « ReArmEurope » prévoit un programme d’armement de 800 milliards d’euros d’ici 2030 pour l’achat de matériel de guerre. Le plan projette des achats collectifs notamment des drones et des technologies d’artillerie, mais également des investissements dans l’intelligence artificielle, la cybersécurité et des technologies quantiques. Il s’agit d’un mécanisme qui permet de faciliter l’augmentation des budgets militaires nationaux des États membres, tout en tentant de conserver le cadre européen. Une des dispositions préconise que les dépenses peuvent atteindre jusqu’à 1,5 % du PIB des États sans que ces sommes ne soient prises en compte dans leurs déficits nationaux2. Cette mesure permettrait de générer 650 milliards d’euros sur 4 ans pour la défense. De plus, l’UE mettra à disposition 150 milliards d’euros sous forme de crédits avantageux pour l’achat d’armes alors que son budget n’est pas destiné à financer l’armement. SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) a constaté que le réarmement de l’Europe est le principal moteur du commerce mondial des armes. « Les dépenses militaires ont augmenté l’an dernier pour la 11eannée consécutive, atteignant 2.887 milliards de dollars. Les importations européennes d’armement (avions, tanks, navires mais aussi radars et artillerie, notamment) ont ainsi bondi de 210% ces cinq dernières années »3.

La France participe de cette frénésie militariste en consacrant un budget de 436 milliards d’euros de 2024 à 2030 si la rallonge budgétaire de 36 milliards d’euros votée le 19 mai par le parlement est approuvée par le sénat. La Revue nationale stratégique 2025 prévoit que « l’évolution de l’environnement stratégique », en particulier face à la Russie, « oblige la France » à « accélér[er] son réarmement » et « à se préparer à l’hypothèse d’un engagement majeur de haute intensité dans le voisinage de l’Europe à horizon 2027-2030 »4. Ces financements militaires ne peuvent être appliquées qu’en imposant des coupes drastiques dans les dépenses publiques ce qui d’ores et déjà est déjà le cas.

Pour anticiper de possibles oppositions populaires à l’appauvrissement programmé, la montée du chômage, la dégradation du système de santé et d’éducation, et autres renoncements de programmes écologiques ainsi qu’aux violations des libertés d’expression, des dispositions législatives ont été introduites et sont en cours d’adoption. Ainsi le projet de loi actualisant la programmation militaire pour les années 2024 – 2030 prépare d’importantes restrictions pointées dans une tribune signée par de nombreuses associations5. Elles dénoncent la création « d’un nouvel ‘‘état d’urgence’’, ‘‘l’état d’alerte de sécurité nationale’’ (article 21 du projet de loi), afin de passer en phase d’économie de guerre… sans guerre et de pouvoir déroger tant à la séparation des pouvoirs qu’aux règles de droit commun. » Pour pouvoir produire plus en cas de «menace grave et actuelle » un état d’exception économique pourrait être déclaré. Celui-ci « permettrait d’octroyer immédiatement des pouvoirs au gouvernement pour modifier des règles légales, sur tout ou partie du territoire » en matière environnementale et sociale qui entraîneraient des entraves aux libertés publiques.

La militarisation de la société est « en marche ». Le gouvernement l’y prépare depuis quelques années déjà en intégrant dans « la doctrine de la résilience nationale »6 la nécessité de rendre disponibles et malléables les corps et les esprits. En premier lieu c’est à la jeunesse que s’adresse le concept de « réarmement civique » prôné par le chef de l’État. Le dernier texte de loi7 établit que la « journée défense et citoyenneté » sera transformée en une « journée de mobilisation » dans le but de sensibiliser les jeunes aux activités militaires. De même qu un « nouveau service national » volontaire d’une durée de 10 mois sera mis en place dès cet été. La première promotion sera constituée de 3 000 jeunes entre 18 et 19 ans. D’ici 2030 il est prévu 10 000 incorporations·et 50 000 en 2035. Les volontaires doivent être motivés par la solde d’environ 800 euros par mois.

Mais au-delà de l’embrigadement des plus jeunes, c’est la société entière qui doit participer à l’effort de guerre. Il s’agit « de réunir et rendre utile l’ensemble des citoyens au service de la résilience de la Nation. Cela se traduit concrètement par : L’éducation, la formation et la sensibilisation aux risques majeurs, à tous les âges et dans chaque territoire, l’amélioration des dispositifs de réserve existants, ainsi que des volontariats, afin de disposer d’un vivier de compétences8. »

Tandis que le président Macron multiplie les déclarations martiales (un « monde incertain »« la force prime sur le droit » et où « la guerre se conjugue au présent ». « La seule façon d’éviter le danger, c’est de s’y préparer ») Fabien Mandon, chef d’état-major des armées martèle devant le congrès des maires de France le 18 Novembre 2025 en guise de préparation à une confrontation avec la Russie : « Nous avons tout pour dissuader Moscou. Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal pour défendre la Nation. (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement. Si nous ne sommes pas prêts à cela, alors nous sommes en risque. Il faut en parler dans vos communes »9.

Et la préparation commence ici, en France où les populations sont confrontées et conditionnées à des scènes de guerre » lors d’exercices militaires tels ORION en 2023 et 2026. Ce sont les plus importants exercices interarmées et internationaux sur le territoire français qui se déroulent tous les trois ans, durent plusieurs semaines avec la participation de milliers de soldats et l’utilisation d’un important arsenal militaire dans plusieurs départements. Ces exercices ont lieu dans des camps militaires mais également en pleine ville impactant la vie quotidienne de la population. En 2023 un débarquement d’une force amphibie était par exemple organisé dans la zone de Sète-Frontignan tandis que les soldats investissaient la ville de Cahors. En février 2026, l’exercice GEVAUDAN 26 a regroupé 700 militaires et 450 légionnaires de la Cavalerie du Larzac pour réaliser des manœuvres en Lozère et dans ce cadre se déployer dans la ville de Mende. A Saint Nazaire, ce sont 10 000 soldats qui ont été déployés dans le plus grand exercice militaire depuis la fin de la guerre froide10.

Il est toujours temps de s’opposer à cette logique militariste qui finira par nous mener à la guerre. De nombreuses initiatives en Europe s’opposent à cette folie meurtrière qui va de pair avec une fascisation galopante de la politique et en appelle à la solidarité des peuples contre le capitalisme, le fascisme et la guerre. En France, une coalition, guerre à la guerre, regroupe de nombreux collectifs et individus avec comme objectif de « désarmer la machine de guerre et relancer un anti-militarisme populaire ». Alors que du 15 au 19 juin 2026, se tient au Parc des expositions de Villepinte en Seine-Saint-Denis le plus grand salon d’armement au monde, un week-end de mobilisation, d’échanges, de rencontres, de formation et de festivité est organisé par la coalition avant l’ouverture du salon les samedi 13, dimanche 14 et lundi 15 juin 202611. Au même moment, des dizaines d’organisations et collectifs rassemblés sur la plateforme « Stop Militarisation » organise avec le réseau international « StopRearm Europe » une manifestation à Bruxelles le 14 juin 2026. A nous de nous opposer à la « guerre globale contre les peuples »12. [Tissa]

1 Les 5% comprennent 3,5% consacrés au strict financement des armées avec l’aide à l’Ukraine, et 1,5% de dépenses indirectes, liées à la défense qui concernent aussi des infrastructures civiles pouvant servir aux armées : des routes, propagande, etc.

2 https://www.iris-france.org/le-plan-rearm-europe-et-la-quadrature-du-cercle-entre-integration-et-souverainete-nationale/

3 https://www.dhnet.be/regions/bruxelles/2026/04/27/une-marche-contre-la-militarisation-de-la-societe-se-tiendra-a-bruxelles-le-14-juin-des-milliards-sont-depenses-dans-la-preparation-des-conflits-ZWJEE7APKFCUXFCLFPW2ETJHZU/

4 https://www.mediapart.fr/journal/france/200526/armee-francaise-36-milliards-d-euros-pour-que-rien-ne-change

5 https://www.humanite.fr/environnement/crise-democratique/projet-de-loi-de-programmation-militaire-la-separation-des-pouvoirs-et-les-libertes-publiques-menacees

6 https://www.sgdsn.gouv.fr/nos-missions/anticiper-et-prevenir/developper-et-structurer-la-capacite-de-resilience-de-la-nation

7 https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b2630_projet-loi

8 https://www.sgdsn.gouv.fr/nos-missions/anticiper-et-prevenir/developper-et-structurer-la-capacite-de-resilience-de-la-nation

9 https://www.amf.asso.fr/documents-le-chef-detat-major-armees-demande-aux-maires-preparer-la-population-aux-futurs-conflits/42877

10 La ville, presque entièrement rasée pendant la seconde guerre mondiale, occupée par les nazis jusqu’en mai 1945, est durablement traumatisée, https://contre-attaque.net/2026/02/05/orion-conditionner-les-esprits-a-la-guerre-par-des-exercices-militaires-au-milieu-de-la-population/

11 https://guerrealaguerre.net/13-14-15-juin-mobilisation-contre-eurosatory-salon-mondial-de-la-guerre-et-du-controle/

12 Selon le titre du livre de Mathieu Rigouste.

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