FERMES TROP CHÈRES SAFER, À QUOI TU SERS ?

Ce slogan a fleuri ce printemps pendant la lutte contre l’implantation de la Légion étrangère à Saint Jean du Gard.

En effet, la Légion a acheté la ferme de Bannière le 7 juillet 2022 à un prix inaccessible à tout paysan : la SAFER n’a pas joué le rôle pour lequel elle a été créée.

Les SAFER, sociétés anonymes sans but lucratif, sous tutelle des ministères de l’agriculture et des finances, ont été créées en 1960 par la loi d’orientation agricole1 pour, réorganiser les exploitations agricoles, dans le cadre de la mise en place d’une agriculture plus productive, et à installer des jeunes, avec la volonté de nourrir les français au lendemain de la guerre.

Elles ont un double rôle : celui d’opérateur foncier et d’attribution de biens, et expert en observation foncière via le suivi des marchés ruraux en particulier.

Elles ont quatre missions : dynamiser l’agriculture et la forêt, accompagner le développement local, participer à la protection de l’environnement et assurer la transparence du marché foncier rural. L’aménagement local étant une des missions souvent contradictoire avec la protection des espaces agricoles.

Elles ont un droit de préemption : La loi donne aux SAFER la possibilité de disposer d’un droit de préemption, afin de leur permettre de mener une action cohérente dans le cadre de leurs missions. Depuis le 2 août 2017, la SAFER Occitanie dispose de ce droit : elle est systématiquement informée des projets de vente de biens ruraux par les notaires et peut acheter prioritairement le bien en lieu et place de l’acquéreur initial. But : revendre à un autre attributaire, choisi par la commission locale de la SAFER, dont le projet répond mieux aux enjeux d’aménagement locaux.

Cependant, la lutte contre la spéculation foncière, définie dans le code rural, reste trop souvent lettre morte : les SAFER préfèrent privilégier des opérations rentables, au détriment d’une vraie politique d’installation.

En 1995, 2013 et 2014, les rapports de la Cour des comptes ont pointé les dysfonctionnements des SAFER, soulignant le fait que celles-ci avaient perdu de vue les missions d’intérêt général dont elles étaient investies et ont recommandé, sans succès, aux SAFER de se recentrer sur leur mission première2. En 2012, sur 88 000 hectares rétrocédés, seulement 2 761 hectares concernent la première installation de jeunes agriculteurs.

Leur rôle d’intermédiaire dans les transactions – elles perçoivent au passage une commission de l’ordre de 5 % – permet à certaines SAFER de dégager des résultats financiers de l’ordre de 8 %. La redistribution de ces résultats à certains salariés ainsi que l’emprise excessive du syndicalisme agricole (FNSEA), a poussé le gouvernement à annoncer qu’il allait renforcer le contrôle de l’État sur les SAFER3.

Par ailleurs, les compétences des SAFER sont remises en question à la suite des vides juridiques exploités par des investisseurs chinois afin d’acquérir des centaines d’hectares de terre sans que l’organisme ne puisse agir4. À noter que la SAFER a elle-même publié des flyers proposant ses services aux investisseurs chinois5.

La loi Sempastous du 1er décembre 2021, proposée pour réguler l’accès au foncier agricole par un contrôle des parts des sociétaires, n’a pas rempli son rôle : de fait, elle facilite l’achat de très grandes parcelles par une seule société, c’est le cas de LVMH qui s’approprie une majeure partie de vignobles du Var.6

Un exemple parlant : En pleine torpeur estivale, la Confédération paysanne a découvert sur le site internet de la SAFER Nouvelle-Aquitaine un appel à candidature publié le 30 juillet (avec retour des candidatures avant le 20 août) pour une vente peu banale.
Le syndicat dépose un dossier de candidature :
« Il concerne la vente indissociable, un terme qui nous a fait bondir, de la plus grosse ferme du département (2.121 hectares) sous la forme de cession de parts de sociétés, indique Jacques Pasquier, représentant du syndicat, à la sortie d’un rendez-vous à la SAFER. La holding comprend 12 sociétés agricoles, une Cuma, un GIE, un groupement d’employeurs, avec 11 salariés, et des parts dans un méthaniseur. »
L’intervention de la SAFER dans cette vente de parts sociales nous interpelle compte tenu de la dimension des installations. Le montant de la transaction s’établit à 10,39 millions d’euros. On est clairement dans un modèle industriel, très financier, en contradiction avec les missions de la SAFER. » Trois autres dossiers de candidature seraient déjà déposés, la Confédération paysanne ajoute le sien, à travers « une candidature collective d’achat, mais réunir cette capacité financière va être compliquée ».
« Ce qu’on aurait souhaité, ajoute Jacques Pasquier, c’est que ces douze sociétés puissent être cédées séparément pour faire 21 fermes de 100 ha ou 105 fermes de 20 ha selon les projets. »7

A Bannière, le prix trop élevé des terres pour être achetées par un agriculteur, aurait dû alerter la SAFER afin qu’elle cherche une solution adaptée au besoin impératif d’installation de jeunes paysans. La Légion a été une solution de facilité pour tout vendre d’un coup.

Au vu des dysfonctionnements avérés des SAFER, plusieurs évolutions, proposées par la Confédération Paysanne, sont indispensables :

> donner un statut public à la SAFER et des moyens budgétaires propres,

> associer la SAFER et les collectivités dans les décisions du devenir des terres agricoles,

> mettre en place des comités locaux fonciers et d’installation, ouverts aux acteurs non agricoles pour avis consultatif,

> à l’échelle locale, rendre obligatoire un document politique d’orientation définissant les usages du sol répondant aux enjeux territoriaux.

Dans l’attente de ces évolutions, plusieurs moyens ont été identifiés, par des acteurs associatifs et citoyen.nes du territoire, pour geler les terres :

& constituer un comité de veille sur l’ensemble des transmissions de terres agricoles, les veilles foncières à l’échelle d’une commune étant plus faciles car les informations circulent principalement par le bouche à oreille, il ne faut pas oublier que « Le foncier c’est une histoire de familles ». C’est pas tant par les outils que par le maillage territorial qu’on a une bonne connaissance des transactions foncières.

& créer une foncière de territoire afin d’acheter le foncier à l’échelle d’un bassin de vie, et se lier à des structures territoriales d’aide à l’installation, telles les ADEAR, pour organiser la redistribution à de futurs projets agricoles – la difficulté étant qu’il faut une levée de fonds importante. [Jacqueline]

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Et nous avons dit commun…

Les communs une notion révolutionnaire et libertaire à la croisée du droit, de l’économie et de la philosophie politique

À l’heure des grands effondrements, des méga-feux, des guerres qui refusent d’avouer l’inavouable, du climat qui s’emballe, des politiciens sans idées sans ambitions autres que celles qui adoubent leurs richesses, penser le commun devient une urgence majeure salutaire, et sans nul doute la seule issue possible pour notre survie.

Il nous faut donc pour comprendre cette volonté politique économique et philosophique élargir notre champ de penser, pousser les mûrs qui nous oppressent, tenter de vivre ce que au fond nous n’avons encore jamais vécu, comprendre intrinsèquement ce que ce mot exprime de plus noble, de plus profond et décidément de plus efficace et créatif « Commun » en tant que nom singulier et sans article est le principe au fondement des communs, des biens communs, des choses communes, du commun. Il rassemble toutes les occurrences du terme, pour en tirer une cohérence et une clarté qui passe par l’action politique commune.

Il cherche l’autogouvernement et la démocratie radicale.

Le commun s’oppose au néolibéralisme qui vise à étendre les principes de concurrence et de propriété à toutes les sphères du social.

La destination du commun doit échapper à la logique de la propriété exclusive, parce que “commun” est un principe politique, une nouvelle manière de lutter contre les formes d’appropriation exclusive des ressources, des espaces etc.

On peut dire que défendre les communs ou le commun ou encore le bien commun c’est chercher à défendre et promouvoir les bienfaits de la gestion collective d’une ressource quelle qu’elle soit, une rivière, une forêt, un pâturage, le climat, internet, les océans etc.

Il va de soit qu’il faut penser l’inappropriable pour penser le commun.

Les communs ne sont pas des “biens” particuliers, mais également des systèmes de règles pour les actions collectives. Ce qui est alors ouvert au partage n’est pas seulement une ressource laissée à l’abandon ouverte à toutes et à tous sans restriction, mais bien un agencement social particulier. En conséquence, la préservation de la ressource passe par la prise de conscience des interactions sociales qui permettent ce partage. C’est un principe qui doit animer ce que serait une démocratie radicale organisée contre toutes les dominations.

Il ne faut donc plus penser les choses et les êtres vivants comme des entités isolées mais toujours en commune relation. Il ne doit plus y avoir une propriété absolue et exclusive, mais plutôt relative et partielle qui soit au service des valeurs considérées comme essentielles dans le cadre d’une organisation commune faite d’interactions indépendantes.

Un commun n’appartient à personne et chacun s’oblige envers les autres de le préserver pour que l’usage en commun puisse perdurer. Il est donc nécessaire de fonder de nouvelles institutions qui seront fédératives et reposeront sur l’obligation réciproque entre les communautés, sans que l’une d’elles soient subordonnées à une autre. Le fédéralisme est donc la forme politique la plus cohérente avec le principe de commun.

La théorie des communs est avant tout une formidable leçon d’optimisme, de confiance dans les capacités humaines, de valorisation de la débrouillardise et d’admiration devant les agencements improbables que l’humanité sait mettre en œuvre. Notre plus bel hommage sera de continuer à défendre les communs, naturels et numériques, globaux ou locaux, de faire en sorte que chacune et chacun se sente investi d’une responsabilité sur la protection de ce que l’humanité veut proposer en partage, par choix ou par nécessité. Au premier titre évidemment, la défense de notre planète commune. [anna]

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Parlons de l’apartheid israélien

Le 18 mai 2021 une grève générale en Israël, en Cisjordanie et Gaza a montré au monde l’unité des Palestiniens, et ce pour la première fois depuis des décennies. Les forces de répression israéliennes ont été particulièrement féroces parce que quoi de plus menaçant qu’une jonction entre populations que le pouvoir israélien a toujours voulu séparer les unes des autres ? Le système de discrimination ethnique mis en place par le pouvoir israélien distingue les Israéliens des Palestiniens mais instaure également une fragmentation entre Palestiniens avec des régimes juridiques distincts. Il ne peut se maintenir que par la force et le soutien complice d’États peu soucieux du droit. Pour qualifier cette politique d’Israël la notion d’apartheid s’impose de plus en plus.

La Nakba continue

Entre 1947 et 1949, les milices sionistes puis l’armée israélienne ont conquis la Palestine. La Nakba (la catastrophe) a jeté près de 800 000 Palestiniens (les deux tiers de la population) sur les routes. Des villages entiers sont anéantis, des villes vidées, des populations massacrées, un véritable nettoyage ethnique se poursuit. Les populations chassées du territoire qui deviendra Israël cherchent refuge dans les pays voisins mais également en Cisjordanie et à Gaza (et ailleurs dans le monde). Des centaines de milliers s’entassent depuis dans des camps insalubres, dépendant de l’aide internationale qui s’amenuise d’année en année.

La Cisjordanie avec Jérusalem-Est et Gaza, occupés par Israël, représentent aujourd’hui près de 15 % de la Palestine historique qui devaient selon les accords d’Oslo de 1993 constituer le futur État palestinien. Les autorités israéliennes avec leurs bras armés et civils, les colons, font tout pour l’empêcher d’exister et continuent d’annexer les terres. L’autorité palestinienne quant à elle est pratiquement dépouillée de toutes les compétences dont dispose un État : les lois militaires israéliennes régissent tous les aspects de la vie des Palestiniens.

La ségrégation géographique

Les Palestiniens sont séparés en cinq entités géographiques distinctes (Israël, Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza et la diaspora). La Cisjordanie sans Jérusalem est entourée à partir de 2002 d’une clôture de séparation annexant au passage 10 % de plus de la Cisjordanie. Celle-ci est coupée en trois zones aux statuts différents (accords d’Oslo), entourées ou traversées de colonies rattachées à Israël par un réseau routier interdit aux Palestiniens. Ces derniers ne peuvent pas circuler librement sur leur territoire et sont contraints de passer par des centaines de check-points militaires et à faire de longs détours. Pour accéder à leurs terres agricoles situées derrière la clôture de séparation ainsi qu’à Jérusalem-Est, il leur faut des autorisations spéciales. Pour les Israéliens par contre, la colonisation a créé une continuité géographique qui leur permet d’atteindre chaque parcelle de la Cisjordanie.

En Israël, la majeure partie des Palestiniens est quasi consignée dans 139 villes et villages densément peuplés subissant des discriminations en matière d’aménagement du territoire, de services notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé, des transports. La bande de Gaza est bouclée sans aucun contact avec le reste de la Palestine depuis plus de 15 ans.

Atteindre l’hégémonie démographique

Les méthodes sont restées les mêmes depuis 80 ans : annexion, colonisation, bombardements, exécutions sommaires, arrestations de masse, démolition de maisons et des cultures, accaparement de terres et de l’eau, discrimination administrative, juridique et politique, privation de droits et fragmentation géographique. Avant la création d’Israël en 1948, les Palestiniens représentaient 70 % et les Juifs, pour la plupart récemment immigrés, 30 % de la population. Les premiers possédaient 90 % des terres et les seconds 6,5 %. Aujourd’hui, en Israël, la population palestinienne ne représente que 20 % des 9,5 millions d’habitants.

L’objectif démographique n’étant pas encore atteint, les juifs du monde entier sont invités à s’établir dans la région tandis que des colonies sont implantées dans les quartiers palestiniens de Jérusalem, les familles spoliées et chassées, et des terres usurpées en Cisjordanie. Près de 700 000 colons israéliens se sont illégalement installés en Cisjordanie dont près de 220 000 à Jérusalem-Est et leur nombre augmente chaque jour. Les Palestiniens ne sont plus qu’environ 320 000 à Jérusalem et les responsables israéliens ne dissimulent pas leur intention de les priver de leurs droits socio-économiques dans le but de les chasser de la ville. Dans le reste de la Cisjordanie, la population palestinienne dépasse les 3 millions et les 2 millions à Gaza. Quant aux réfugiés hors des frontières, ils compteraient plus de 5 millions de personnes mais sont interdits de rentrer chez eux alors que leur droit au retour est consacré par la résolution 194 de l’ONU.

La ségrégation par le droit

Le système d’oppression et de domination à l’œuvre depuis la création d’Israël s’est vu réaffirmé par la loi sur l’État-nation de 2018, qui consacre la suprématie des juifs et justifie toute discrimination juridique et administrative. Ainsi, l’État d’Israël est défini comme «  l’État-nation du peuple juif » tandis que le droit à l’autodétermination n’est réservé qu’« au peuple juif ». La loi définit également Jérusalem comme « capitale complète et unie » d’Israël en violation avec le droit international et confère à la langue arabe, jusque là langue d’État, au même titre que l’hébreu, un « statut spécial » indéfini. La colonisation est justifiée puisque « l’État considère le développement de l’implantation juive comme un objectif national et agira en vue d’encourager et de promouvoir ses initiatives et son renforcement ».

Les Palestiniens d’Israël sont citoyens israéliens mais ne bénéficient pas de la nationalité ce qui les distingue juridiquement des juifs et les prive de nombreux droits et prestations. Ceux de Jérusalem-Est illégalement annexée ne sont pas citoyens israéliens mais régis comme ceux d’Israël par le droit civil israélien. Par contre ne bénéficient d’un statut précaire de résidence permanent que les Jérusalémites enregistrés en 1967 et leurs descendants et seulement à condition que la ville soit leur « principal lieu de vie » et qu’ils y soient nés. Les autres Palestiniens sous occupation ne peuvent s’y établir et même son accès leur est très souvent interdit. La « fermeture de Jérusalem » est imposée à coups d’ordres militaires, de cartes magnétiques, d’autorisation d’entrer, de check-points et du mur.

Les Palestiniens de Cisjordanie (sans Jérusalem) vivent une fragmentation en trois zones sous régime militaire israélien strict1. Plus de 1800 ordonnances militaires organisent leur vie : le statut administratif, l’état civil, les déplacements, l’accès aux terres et autres ressources, les moyens de subsistance, le commerce, les banques, etc. Ils n’ont aucune citoyenneté et sont considérés comme apatrides. S’ajoute à cela que depuis 2002 le regroupement familial avec des Palestiniens d’Israël ou Jérusalem est interdit.

Le système judiciaire est militaire. Plus de 800 000 personnes ont été arrêtées depuis 1967 en Cisjordanie et Gaza pour la plupart condamné par cette juridiction. Il faut en particulier relever la pratique des arrestations arbitraires, y compris d’enfants, de la torture et de la détention administrative arbitraire.

La bande de Gaza d’une superficie de 360 km 2 est une véritable prison pour plus de 2 millions d’habitants. Sous contrôle total israélien, elle subit un blocus aérien, maritime et terrestre illégal depuis plus de15 ans tout en faisant régulièrement l’objet de bombardements meurtriers qui détruisent toute l’infrastructure civile : maisons, hôpitaux, écoles, réseaux électrique et d’assainissement, stations d’épuration. Israël a également unilatéralement modifié la démarcation de la zone côtière maritime de Gaza afin de s’accaparer des gisements gaziers. L’effondrement économique a entraîné une dépendance à l’aide internationale pour 80 % de la population… qui ne peut s’en échapper.

Ces fragmentations territoriales, les restrictions de circulation, et la violation systématique des droits socio-économiques ont de graves répercussions sur l’économie des Palestiniens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza mais également en Israël. La dépendance à Israël est totale dans tous les cas.

Une campagne contre l’apartheid israélien

Amnesty International dans son rapport l’apartheid israélien envers le peuple palestinien constate :

« L’ensemble du régime de lois, politiques et pratiques décrites (…) démontre qu’Israël a instauré et perpétué un régime institutionnalisé d’oppression et de domination contre la population palestinienne, mis en œuvre au profit de la population juive israélienne – un système d’apartheid – sur tous les territoires où le pays exerce un contrôle sur la vie des Palestinien.ne.s depuis 1948. »

De plus en plus de voix s’élèvent, parmi lesquelles des israéliennes, pour alerter sur cette situation. Une campagne internationale est lancée pour la reconnaissance du crime d’apartheid et pour imposer des sanctions à Israël. En France, une « proposition de résolution condamnant l’institutionnalisation par Israël d’un régime d’apartheid à l’encontre du peuple palestinien » a été déposée à l’assemblée nationale en juillet 2022. Elle doit être débattue au printemps 2023 au Parlement. Une occasion de lancer plus largement le débat sur l’apartheid et renforcer la campagne menée dans de plus en plus de pays par le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions) et les organisations de soutien au peuple palestinien. [Tissa]

1 La zone A qui comprend les 7 grandes villes, théoriquement sous contrôle palestinien (sécurité et administration), B les autres localités, sous contrôle mixte et C sous contrôle total israélien.

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Épisode cévenol n°29

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La guerre à nos portes

Dans sa réponse à la lettre du Collectif contre la militarisation des vallées cévenoles, l’armée revient sur l’objectif de l’implantation de la légion étrangère dans la ferme de Bannière à Saint-Jean du Gard complétant les déclarations d’autres responsables militaires. Mis bout à bout ces propos font apparaître une perspective inquiétante qui se trouve renforcée par deux actualités militaires dans la région.

Dans sa lettre, l’armée dit vouloir s’installer à Bannière notamment pour contribuer à la « sécurité locale » ce qui pour le moins laisse pantois. Contre qui ou quoi faudrait-il qu’elle nous défende ? Elle annonce également qu’il n’est pas question d’interdire tout usage de munitions car cela « impliquerait des conséquences inacceptables pour les sociétés de chasse » avec lesquelles compte s’associer la légion pour « contribuer à la régulation du gibier ». Rappelons que le cahier des charges établi au moment de la vente lui interdisait les tirs. S’emparer de l’activité des chasseurs pour s’octroyer le droit de tirer n’augure pas des temps sereins.

Plusieurs responsables de la légion étrangère se sont exprimés dans les mois passés par voie de presse pour justifier ce projet d’achat de ferme. Ils expliquent qu’elle dispose d’une dizaine de fermes dans le Sud de la France qui servent à l’apprentissage de la tactique militaire, des manœuvres, des exercices de tirs, des marches etc. (Le Monde, 29.05.22). L’objectif déclaré de l’achat de Bannière est de « s’approprier encore davantage le département du Gard en rayonnant vers le nord » (Objectif Gard, 05.04.22). S’agirait-il de procéder à une jonction entre Nîmes, siège du 2e régiment étranger d’infanterie, et de la 13e demi-brigade de la Légion stationnée à La Cavalerie en Aveyron en passant par Saint-Jean du Gard ?

Force est de constater que la présence de militaires dans la région s’intensifie. Déjà en février et en septembre 2021, des légionnaires s’entraînaient en Lozère notamment en pleine ville de Mende (La Lozère nouvelle, 16.09.21). Actuellement, à partir du 12 septembre et pour un mois l’Aveyron est le théâtre d’un exercice militaire de grande ampleur dans lequel sont engagés plus de 3000 militaires, 300 engins et 30 hélicoptères. Les lieux exacts ne sont pas divulgués et la population risque d’être surprise de jour comme de nuit par des entraînements, des largages de parachutistes, la circulation de véhicules, des survols d’hélicoptères etc. Le centre ville de Rodez sera également investi par les forces spéciales. Le délégué militaire adjoint en Aveyron déclare : « C’est une préparation à une éventuelle guerre de haute intensité sur notre sol » (France 3, 12.09.22).

Cette opération gigantesque se déroule au même moment que le 1er forum des armées qui a lieu à Alès les 23 et 24 septembre. La population est invitée à une présentation de matériel et une démonstration de militaires de différents corps d’armée mais aussi à des parcours commando pour enfants. L’objectif est de valoriser l’action des armées et d’attirer les jeunes. La gendarmerie, la police et les pompiers seront également présents et tous cherchent à recruter (Midi-Libre, 12.09.22).

L’époque des guerres lointaines est bel et bien révolue. Si les villes ont été investies par les militaires dans le cadre des plans vigipirate et sentinelle, les campagnes semblaient à quelques exceptions près épargnées. Cette militarisation progressive du territoire interroge : Assistons nous à la volonté de contrôle de la population par un maillage militaire qui accompagne une préparation à des conflits armés de haute intensité ?

[Tissa]

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L’hiver approche…

La sobriété énergétique ? Voilà que des mots bien rarement prononcés par nos responsables politiques se retrouvent subitement placés sur le devant de la scène… ! La France se serait-elle enfin décidée à rattraper son considérable retard dans ses engagements à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 ? Aurait-elle enfin consenti à prendre au sérieux les catastrophes climatiques qui se déclenchent sous nos yeux à intervalles de plus en plus fréquents et réguliers ? Non bien sûr, ne rêvons pas ! La demande faite par le chef du gouvernement à ses concitoyens de réduire leur consommation énergétique cet hiver est plutôt à interpréter dans le cadre de la guerre en Ukraine et de ses conséquences sur la hausse du prix du kilowatt-heure que dans celui de l’écologie…

Cette politique du « petit geste » n’a d’ailleurs pas grand chose à voir avec l’idée de sobriété soutenue par les défenseurs de l’écologie politique. « Éteindre sa wifi quand on part en vacances » ou « baisser sa clim » sont des injonctions qui au contraire écartent du débat les questions fondamentales sur la soutenabilité de nos modes vies. Elles le dépolitisent d’autant plus qu’elles nourrissent l’espoir qu’une transformation majeure de la société pourrait advenir simplement si chacun y mettait un peu du sien. Pire encore, ces annonces, qui s’insèrent dans les politiques dites de développement durable ou de croissance verte, « rassurent sans résoudre structurellement les problèmes écologiques et sociaux. La croissance infinie n’existe pas et notre niveau de développement, n’est déjà plus durable… Ces croyances permettent seulement de donner bonne conscience au consommateur, tout en continuant à lui imposer le désir de l’avoir futile »1.

Car en effet, comment trouver un sens à de pareilles sollicitations dans une société de consommation qui crée toujours plus de besoins artificiels ? Hannah Arendt, dans la « Condition de l’homme moderne », écrivait en 1958 : « toute notre économie est devenue une économie de gaspillage dans laquelle il faut que les choses soient dévorées ou jetées presque aussi vite qu’elles apparaissent dans le monde pour que le processus lui-même ne subisse pas un arrêt catastrophique ». Partant de ce constat, comment rétablir un principe d’autolimitation et nous sortir de cette aliénation consumériste dont la seule perspective est la fuite en avant ? La question relève du politique et de la construction d’un nouveau projet de société basé sur des valeurs soutenables et enviables. Pour André Gorz, « l’autolimitation se déplace ainsi du niveau du choix individuel au niveau du projet social. La norme du suffisant, faute d’ancrage traditionnel, est à définir politiquement ». La mise en place d’un projet économique et social capable de restreindre le productivisme garantirait selon lui aux individus « une vie plus libre, plus détendue et plus riche. » Il pose franchement la question : « Quel monde voulons-nous ? Un capitalisme qui s’accommode des contraintes écologiques ou une révolution économique, sociale et culturelle qui abolit les contraintes du capitalisme et, par là même, instaure un nouveau rapport des hommes à la collectivité, à leur environnement et à la nature ? »2. Programme certainement plus ambitieux et enthousiasmant que les maigres propositions de suspendre cet hiver les illuminations des marchés de Noël…

Le plan énergétique porté par le gouvernement ne remet ainsi nullement en cause la croissance, bien au contraire. L’objectif est d’ailleurs clairement annoncé par son ministre délégué en charge de l’Industrie : « L’industrie est un gros consommateur d’énergie. Mais c’est un secteur qu’on souhaite au maximum préserver puisque derrière chaque consommation d’énergie, il y a de l’emploi et de l’activité ». L’industrie et le productivisme continueront donc bon gré mal gré, et ce sont les nouvelles technologies qui seront censées résoudre l’équation insoluble d’allier une croissance sans fin avec des ressources limitées. Les projets « innovants » – tous autant destructeurs de l’environnement et énergivores les uns que les autres, ne manquent d’ailleurs pas : stockage souterrain du carbone, implantation de « méga-bassines » pour les besoins en eau de l’agro-industrie, réacteurs nucléaires nouvelle génération, recours au tout-numérique malgré les ressources pharamineuses requises par les datacenters

Tandis que les industriels continueront d’empocher de nouveaux profits liés à la restructuration énergétique, la population se contentera de vivre avec les coupures et les restrictions. Et le catastrophisme d’État pourra aisément punir tout récalcitrant à ses injonctions. Il est d’ores et déjà prévu que si les incitations à plus de sobriété ne portent pas leurs fruits, des mesures contraignantes seront engagées. Comme l’indiquaient René Riesel et Jaime Semprun il y a une dizaine d’années : « Le capitalisme s’engage maintenant dans une phase où il va se trouver contraint de mettre en place tout un ensemble de techniques nouvelles de production d’énergie, d’extraction des minerais, de recyclage des déchets, etc., et de transformer en marchandises une partie des éléments naturels nécessaires à la vie. […] Les données scientifiques de la prise de conscience écologique sont utilisées et manipulées pour construire des mythes qui ont pour fonction de faire accepter comme impératifs absolus les efforts et sacrifices qui seront indispensables pour que s’accomplisse le nouveau cycle d’accumulation capitaliste qui s’annonce. »3

Inévitablement, les mesures prises par le gouvernement ne seront que difficilement acceptées tant qu’elles porteront en elles un caractère injuste et imposé. Car celles-ci exacerbent les inégalités sociales dans l’accès aux ressources et éludent la responsabilité d’une minorité privilégiée dans le saccage de la planète tout en culpabilisant le reste de la population. Demander des efforts à chacun pour limiter sa consommation énergétique prêterait presque à sourire si le sujet n’était pas déjà tragique : plus de 12 millions de français sont à ce jour considérés en précarité énergétique, peinent à se chauffer l’hiver ou à se déplacer, n’ayant soit pas de véhicule, soit rencontrant des difficultés pour payer le carburant… Pourtant, la sobriété devrait être pensée comme le rejet de la démesure ou du dépassement des limites et doit permettre que ceux qui ne parviennent pas aujourd’hui à satisfaire leurs besoins essentiels le puissent. C’est ce qu’affirmait Gorz : « L’énergie étant limitée, la surconsommation des uns condamne les autres à la misère. En assurant à chacun l’accès à l’énergie qui lui est nécessaire, le principe de sobriété énergétique empêche les surconsommations injustes et polluantes. » La polémique actuelle autour de l’utilisation des jets privés illustre particulièrement bien ce propos.

Le discours institutionnel détourne le sens originel de la sobriété pour aller vers une redéfinition au rabais. Ce terme fort, qui pendant longtemps a été un étendard de radicalité, est ici limité aux petits gestes, à une simple réduction des gaspillages prétendument compatible avec la croissance économique4. Le risque est grand de perdre de vue son sens politique et le fait qu’il pourrait être un important outil de justice sociale et de résistance face à l’extrême marchandisation de nos existences. Il importe donc de se poser les questions suivantes : le capitalisme industriel peut-il remédier aux ravages écologiques qu’il entraîne ? Les limites à la consommation énergétique seront-elles imposées par les défenseurs du système actuel pour sa perpétuation ou établies dans le cadre d’une lutte pour instaurer un nouveau projet politique soutenable ? Et plus largement, comme le titrait l’auteur d’un article récent sur le développement durable : jusqu’à quand va-t-on perpétuer la religion du Progrès ?5 Car comme pour toute forme d’oppression, les idéologies ne tombent que lorsqu’on les pousse…

[Fred]

1 Florian Tignol, « Repenser notre rapport à la sobriété », La Fabrique Écologique, Sept. 2020

2 André Gorz, « Leur écologie et la nôtre », Seuil, 2020

3 René Riesel, Jaime Semprun, « Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable » – Éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2008

4 Voir l’article de Bruno Villalba, « De la sobriété imposée à la sobriété choisie », Reporterre, 8 mars 2016

5 Jacques Luzi , « Développement durable, jusqu’à quand va-t-on perpétuer la religion du progrès ? », Article paru dans « Greenwashing, Manuel pour dépolluer le débat public » – Seuil, 2022

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ÉTÉ CATASTROPHE, que font nos gouvernements ?

Nous, habitant.es de la France, avons subi de plein fouet, cet été 2022, les conséquences des désastres climatiques. Qui n’a pas souffert de la canicule, des feux de forêt, de la sécheresse ? Qui n’a pas assisté.e, impuissant.e, à la désolation des sols jaunis, de la terre devenue béton, des rivières sans plus une goutte d’eau, des glaciers qui s’effondrent dans nos vallées ?

Rappelons-nous, le président Jacques Chirac, avertissait le monde entier en 2002 à Johannesburg lors du sommet de la terre « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». Il n’a rien fait pour arrêter ce feu, ni lui ni aucun autre président qui lui a succédé.

Et pourtant, chaque année, des hauts fonctionnaires, experts, conseillers ainsi que des acteurs de la société civile des 180 États de la planète se penchent sur ce problème lors des conférences onusiennes pour le climat, les COP. Ce sont deux semaines de travail intense pour trouver des solutions, « acceptables par tous », c’est à dire des solutions confortables encore plus désastreuses pour le dérèglement climatique.

De plus, le groupe des experts du climat – GIEC – fournit des rapports suffisamment documentés qui permettraient de prendre les décisions appropriées. Sont-ils mis à contribution par pure démagogie ?

Alors :

> Pourquoi aucune décision efficace n’a-t-elle été prise depuis 20 ans ?

> Pourquoi les engagements ou les propositions des responsables politiques n’ont-ils pas pesé dans les négociations, ils auraient montré ainsi une réelle volonté d’agir pour au moins atténuer les conséquences dramatiques du dérèglement climatique ?

> Pourquoi, le président Macron a-t-il mis en place une convention citoyenne pour le climat ? Pourquoi avoir promis à ses membres de mettre en œuvre ou de soumettre à référendum toutes leurs propositions ? Pourquoi n’avoir retenu, au final, que 10% de leurs propositions ?

> Alors que le Conseil d’État a condamné l’État français pour inaction climatique le 14 octobre 2021 et l’a enjoint à prendre les mesures nécessaires, pourquoi le gouvernement a-t-il jugé que ses mesures déjà prévues étaient suffisantes ?

> La détresse est générale dans notre pays face aux feux de forêt tout azimut, alors pourquoi le gouvernement n’annonce t-il que des mesures de réparations, certes nécessaires, mais totalement insuffisantes ? Pourquoi ne pas réfléchir à une autre gestion de la forêt en France ?

> Pourquoi ne pas condamner les véritables criminels climatiques que sont les multinationales des énergies fossiles ? Cette utilisation massive des énergies fossiles dans les transports, les bâtiments et l’agriculture est bien la cause des émissions excessive de gaz à effet de serre

Une colère immense gronde en nous

Les choix de nos gouvernants sont dictés par les lobbies des multinationales. Ils sont porteurs de valeurs destructrices, celles de croissance et de progrès héritées des Modernes. Les seules recommandations que nous dictent nos gouvernants … sont des injonctions à favoriser les petits gestes et inciter à la responsabilité individuelle telles que La clim porte ouverte, ce n’est plus acceptable. débrancher un maximum de prises électriques et couper le wifi durant les vacances, injonction ne mettant absolument pas en cause le gaspillage insensé des véritables responsables .

Ce ne sont ni ce gouvernement, ni ce système libéral qui l’inspire qui ont les compétences indispensables aux décisions fondamentales qui nous permettraient, à nous vivants et non vivants, de pouvoir continuer à habiter cette terre.

Allons un peu plus loin sur l’évolution de la situation en matière climatique depuis quelques décennies.

Pourquoi les COP ?

Mises en place en 1994, après le sommet de la terre de 1992, les COP se sont organisées chaque année dans un pays différent, alternativement un pays du nord et un pays du sud. Elles rassemblent les représentants de 195 États, ainsi que les acteurs de la société civile : organisations non gouvernementales (ONG), collectivités territoriales, syndicats, entreprises, etc… Ces COP ont pour objectif de prendre des engagements en faveur du climat et de les faire appliquer. Ils étaient 30 000 présents à la COP 26 à Glasgow en 2021.

Il y avait eu un petit espoir après l’accord sur le protocole de Kyoto en 1997. Celui-ci visait à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ratifié en 2009 par 184 États, il a volé en éclats à la COP de Copenhague dès la fin 2009 quand il a été question de prendre des engagements. Les États du sud et insulaires, constitués en “groupe des 77”, déjà fortement victimes du dérèglement climatique, exigeaient que TOUS les États s’engagent à y remédier. Malgré leur pression, l’accord de Copenhague est resté en dessous de tous les espoirs, La Chine et les États-Unis s’opposant notamment à la mise en place d’un accord contraignant (un accord contraignant entraîne des sanctions pour les États ne le mettant pas en œuvre).

Cette attitude des États du nord s’est renouvelée en 2015 (COP 21 à Paris) pour un nouvel accord. L’accord de Paris fixe un objectif chiffré pour l’augmentation de la température moyenne à l’échelle de la fin du siècle, 1,5°C, mais sans aucune réglementation contraignante, aucun interdit.

Comble de l’indécence, la COP 27 de cette année 2022, est prévue en Égypte, un pays désertique doté de stations de ski indoor avec de la fausse neige et de vrais pingouins. Ces projets sont gérés par une société basée à Dubaï dotée de 1,2 milliards $ de fonds verts pour son engagement à réduire ses consommations d’eau et d’électricité dans ses centres commerciaux.

Voilà une très rapide histoire des COP. Ces conférences déplacent plusieurs dizaines de milliers de personnes venues, en avion, de tous les pays du monde pour discuter pendant 15 jours et n’aboutir à rien de réellement efficace.

Autre structure mise en place dans la lutte contre le dérèglement climatique, le GIEC

Créé en 1988 à la demande du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Japon, Italie et Royaume-Uni) sous la pression de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, le GIEC, groupe international des experts pour le climat, a été constitué pour produire régulièrement une évaluation scientifique et technique exhaustive du changement climatique. Six rapports ont été publiés depuis 1990, de plus en plus alarmants.

Pourquoi ne sont-ils pas écoutés ?

Le dernier, d’avril 2022, se faisait un cran plus alarmiste. Ce rapport lance un avertissement très sérieux sur les conséquences de l’inaction politique. Plusieurs chercheurs le disent “Le changement climatique menace de plus en plus la santé et les moyens de subsistance des populations du monde entier, et entraîne des impacts sévères potentiellement irréversibles sur la nature. une insécurité alimentaire et hydrique aiguë, pour des millions de personnes et les populations à faible revenu». Face aux effets irrémédiables et à un manque évident de volonté politique pour les atténuer, certains scientifiques du GIEC se positionnent clairement : “Le changement climatique est un défi mondial qui exige des solutions locales. Le rapport souligne les changements de mode de vie qui seront nécessaires, notamment dans les pays riches et parmi les personnes aisées au niveau mondial. S’abstenir de surchauffer ou de trop climatiser les habitations, marcher et faire du vélo, réduire les voyages en avion et utiliser moins d’appareils énergivores, les habitudes alimentaires dans de nombreuses régions riches du monde devront également baisser leurs consommations excessives de viande et de poissons “1

Comment en est-on arrivé là ?

Les alertes sont extrêmement sérieuses, appuyées par une multitude de données chiffrées, mais cette connaissance ne se traduit pas en décisions et réglementations contraignantes pour bloquer cette machine destructrice

Les responsables politiques sont dans ce domaine, comme dans bien d’autres, incapables de prendre les décisions appropriées, pourquoi ?

Car ils y ont des intérêts : les responsables du dérèglement climatique, ceux qui produisent les gaz à effet de serre, sont les entreprises multinationales “maîtres du monde”, à commencer par celles de l’énergie, mais aussi celles de la chimie, de l’agro-industrie, du numérique2 … toutes, des entreprises “protégées” par les responsables politiques : en effet, ces derniers encouragent le développement de ces sociétés pour assurer la sacro-sainte croissance et la croyance mythique dans le progrès. Tous ces responsables y ont déjà occupé un poste ou attendent d’y être nommés, en général comme dirigeant, dès que leur mandat politique sera terminé, c’est ce qu’on appelle le “pantouflage”.

TotalEnergies est un des meilleurs exemples de l’incohérence politique : la première multinationale de l’énergie en France, est la pire en matière d’émissions de gaz à effet de serre. “Elle fait partie des vingt entreprises qui ont le plus contribué au réchauffement climatique actuel. Elle n’a cessé de freiner et retarder les politiques climatiques les plus ambitieuses, y compris en dissimulant depuis 1971 les effets «potentiellement catastrophiques» de ses activités sur le climat. Encore aujourd’hui, plus de 70% de ses investissements concernent le pétrole et le gaz. Elle s’apprête ainsi à ouvrir l’équivalent de 18 centrales à charbon rien qu’avec les projets pétro-gaziers qu’elle a dans les cartons d’ici à 2025, alors que l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) et le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ont montré qu’il ne fallait plus investir dans de nouveaux projets gaziers ou pétroliers. Il faut impérativement que TotalEnergies arrête d’agir ainsi”3. Cette entreprise, soutenue par nos gouvernants pour doper leur croissance, a multiplié par 2 ses dividendes versées en un an, malgré une perte financière colossale. C’est la 1e entreprise du CAC 40 en capitalisation boursière.

Nos gouvernants veulent doper la croissance, mais quelle croissance ? Celle qui nous permet de nous déplacer toujours plus (et donc d’utiliser toujours plus d’énergie fossile) avec nos voitures, camions, avions, bateaux ? celle qui veut nous maintenir tou.tes dans toujours plus de confort et toujours plus de consommation ? Celle qui rend tous les jeunes et moins jeunes accrochés à leur smartphone en permanence ? celle qui a transformé nos paysans en ouvriers épandeurs de pesticides ?

NON nous ne voulons pas de ce système. Contrairement à ses promesses, il rend cette terre de plus en plus inhabitable. Il faut s’en échapper pour assurer une vie digne à nos enfants et petits enfants.

Vivre sur cette terre et la sauvegarder, avec tous les êtres vivants humains et non humains, nécessite des changements radicaux de modes de vie, à commencer par prendre soin de tout le vivant qui nous entoure, revenir à nos besoins essentiels et développer l’autonomie autant que possible.

[jacqueline]

2 À noter que le numérique est le secteur qui a le plus bénéficié d’aides publiques pendant la pandémie, sans aucune condition climatique

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Épisode cévenol n°28

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Quand l’homme est aussi un loup pour l’homme !

La situation du loup pour l’élevage ovin est préoccupante, et le silence du gouvernement n’arrange pas les choses. Les éleveurs cévenols viennent de subir deux attaques ces derniers temps. L’une à l’Aubaret il y a quinze jours et l’autre à Mijavols la semaine dernière, toutes deux sur des troupeaux transhumants d’estive. Pour résumer, il y a une vingtaine d’années des loups venant d’Italie se sont assez rapidement installés dans les Alpes françaises. La convention de Berne protège le loup de façon très rigoureuse car c’est une espèce en voie d’extinction. Protégé, le loup a commencé à s’étendre dans d’autres régions de France dont les Cévennes et les Causses prioritairement.

La tension dans le monde des bergers ne fait que grandir, la menace d’une attaque de loup angoisse durant la période estivale. La présence du loup implique pour les éleveurs de brebis de revoir leur mode de pâturage, de mise en estive et surtout de surveillance des troupeaux. L’impact sur le temps de travail et surtout sur le moral est important.

Le pastoralisme est d’une grande importance sur le territoire français, souligné par une reconnaissance de l’UNESCO pour les Cévennes.

Mais comme toujours, l’être humain est la cause des déséquilibres dans la nature notamment de la quasi disparition du loup en Europe (il a été éradiqué fin 19ème et début 20ème siècle en France), et ce déséquilibre entraîne des conséquences très complexes. Logiquement la décision de faire revenir les populations de loups aurait dû imposer au préalable une réflexion à la hauteur de la complexité des enjeux, enjeux environnementaux, économiques, sociétaux, éthiques et philosophiques …

Mais l’Etat pratique une politique de « l’autruche » en ignorant la situation. Résultat : les éleveurs sont psychologiquement blessés par les attaques incessantes de loups sur leurs brebis et ne voient plus leur place dans une société qui privilégie le devenir du loup sans tenir compte de leur propre avenir.

Le risque est grand : ne pas dénoncer la politique de gestion du loup irresponsable du gouvernement c’est mépriser une réalité, et focaliser notre attention uniquement sur le loup c’est prendre un risque énorme en ces temps de transformations et de réformes des politiques agricoles qui affaiblissent les petites fermes. Et polariser la réflexion des citoyens entre écolo-bobos et agriculteurs pollueurs est trop facile alors que la réalité est tellement plus compliquée.

Finalement, le loup n’est-il pas devenu l’os à ronger jeté aux éleveurs par nos gouvernants pour pratiquer en catimini une politique agricole ultralibérale ?

Car pendant ce temps, la loi EGALIM (États Généraux de l’ALIMentation) annoncée en trompettes et fanfare, censée protéger les prix de vente des produits agricoles face aux supermarchés, enlève 0,4 % de la valeur des prix agricoles et augmente de 4% les prix aux consommateurs,

pendant ce temps l’état laisse cette année 10% des terres agricoles s’urbaniser,

pendant ce temps l’interprofession des fruits et légumes met en place des normes pour paralyser la vente directe,

pendant ce temps l’état négocie en secret des accords de libre-échange avec des pays exportateurs de viande,

pendant ce temps l’armée achète des terres agricoles à des prix inabordables pour des candidats à l’installation agricole

MAIS ATTENTION ! Le MODEF, le syndicat des petites structures agricoles, avertit que les éleveurs ne sont pas dupes, le loup est dans la bergerie sûrement, mais nous voyons aussi la meute dehors qui nous prend nos terres et nous confisque notre avenir !

[Frédéric Mazer, élu MODEF à la chambre d’agriculture du Gard]

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Repenser l’autonomie paysanne

Dans sa trilogie intitulée « Dans leur travail » parue en 1979, l’écrivain John Berger décrivait à travers un ensemble d’histoires et de fictions, la vie quotidienne de paysans dans un village de montagne en Haute-Savoie et son évolution dans une société en pleine mutation. Dans l’épilogue clôturant ces récits, il interrogeait ses lecteurs sur la relation qu’il pouvait y avoir entre les paysans et le système économique mondial auquel ils avaient été intégrés. Avec une lucidité certaine, il analysait : « L’agriculture n’a pas nécessairement besoin de paysans. […] Les planificateurs économiques de la C.E.E. prévoient l’élimination systématique des paysans d’ici la fin du siècle, sinon plus tôt. Pour des raisons politiques à court terme, ils n’utilisent pas le mot élimination, mais celui de modernisation. La modernisation entraîne la disparition des petits paysans (la majorité) et la transformation de la minorité restante en individus sociaux et économiques totalement différents. L’investissement nécessaire pour intensifier la mécanisation et l’utilisation de produits chimiques, la taille que doit prendre une ferme qui ne produit que pour le marché, la spécialisation du produit par région, toutes ces données signifient que la famille paysanne […] devient dépendante des intérêts qui la financent et qui lui achètent ses produits ».

En relisant ces quelques phrases rédigées il y a plus de quarante ans, il est difficile de ne pas s’interroger sur la signification que peut prendre aujourd’hui la quasi-extinction de l’existence paysanne dans le contexte actuel de la globalisation. Car les planificateurs économiques ne s’y étaient pas trompés : dans la dernière décennie, la France a perdu 100 000 fermes et la taille moyenne de celles-ci est passée de 56 hectares à 69 hectares (contre 24 hectares en 1988). Il resterait à ce jour 400 000 agriculteurs, mais face à un tel taux d’élimination, et selon les prévisions des départs prochains à la retraite, ce chiffre tombera à 200 000 d’ici peu. La modernisation a été minutieusement élaborée au sortir de la seconde guerre mondiale par l’État, et certaines organisations marchandes et syndicales, afin d’industrialiser le monde agricole et de l’intégrer à l’économie de marché. En 70 ans à peine, les ravages sont immenses. Que se soit au niveau social, économique et environnemental, ou concernant la disparition des savoirs et savoirs-faire pourtant transmis durant d’innombrables générations, la logique productiviste a conduit irrémédiablement à une agriculture déshumanisée et sans substance. Dans le Vaucluse, à l’été 2020, une première usine à « viande » cellulaire a été inaugurée, sans paysans, ni bétail, marquant ainsi la rupture symbolique entre une alimentation « moderne » désincarnée et une production de subsistance ancrée dans son territoire.

C’est ainsi une dépossession à tous les niveaux qui s’est opérée insidieusement sous l’égide de la modernisation agricole1. D’abord, par le rôle prépondérant de l’État dans l’orientation, la gouvernance et le contrôle des sociétés rurales : l’agriculture est le secteur professionnel le plus encadré et normé en France. Puis, par un processus d’insertion dans le capitalisme industriel intégrant les fermes aux marchés, et plaçant les agriculteurs dans une situation de dépendance matérielle et financière. En amont, ils sont tenus de recourir à l’endettement rendu incontournable pour la conduite d’une exploitation modernisée nécessitant de hauts rendements (semences, pesticides, fertilisants, machineries agricoles…). Et en aval, ils sont soumis à la chaîne d’intermédiaires de la grande distribution qui fixe les prix d’achat et ponctionne lors de chaque échange une fraction de la plus value (la part de revient sur le prix de vente d’un produit commercialisé pour un agriculteur est de l’ordre de 6 %). Mais la dépossession prend également forme par un processus de « rationalisation » mobilisant fortement les savoirs techno-scientifiques et visant à supprimer les aléas en agriculture : le vivant est transformé en un produit aussi standardisé qu’une machine par le biais des techniques de sélections génétiques, de modifications moléculaires, de création de variétés « championnes » adaptables à tout type de situations climatiques et de sol… L’agriculteur devient alors un simple « opérateur spécialisé » dont le rôle est réduit à l’application du cahier des charges prescrit par son fournisseur et contraint de respecter le bon de commande de son négociant.

Les conséquences de cette modernisation peuvent être d’ordre anthropologique, avec de profondes mutations des sociétés rurales : rapport au temps, au métier, à l’argent, au vivant, à la nature…, ou d’ordre environnemental : appauvrissement des sols, perte de biodiversité, rendements énergétiques négatifs, uniformisation des paysages… L’agriculture est aujourd’hui responsable d’un sixième des émissions françaises de gaz à effet de serre (importations alimentaires non comprises) et les quantités de pesticides épandues n’ont cessé d’augmenter ces dernières années : + 22 % de ventes entre 2009 et 2018. Au niveau social, le bilan est stupéfiant : « Le paradoxe est que, de nos jours, une partie non négligeable de la population d’un pays riche comme la France n’a pas les moyens de l’alimentation qu’elle voudrait choisir ; et parfois n’accède même pas à l’alimentation la moins chère disponible en grande surface. L’autre face de cette triste réalité est qu’environ 70 % des revenus des agriculteurs sont constitués par des aides nationales et européennes ; la moitié d’entre eux ont un revenu négatif, avant impôt et subvention, cette proportion s’élevant à 80 % chez les éleveurs ; et même après subvention, 14 % ne dégagent aucun revenu ! »2. Le productivisme agricole n’est en effet pas synonyme d’une répartition équitable des richesses : ce sont actuellement 7 à 8 millions de personnes qui se trouvent en situation d’insécurité alimentaire, et bon nombre d’agriculteurs qui vivent en dessous de seuil de pauvreté. Le modèle de développement modernisateur ne peut échapper à un flagrant constat d’échec, malgré les moyens faramineux mis en œuvre pour l’imposer.

Pour autant, même si pratiquement aucune région dans le monde n’a été épargnée, la transformation des sociétés paysannes ne s’est pas faîte sans résistances. Tout au long de l’histoire, des luttes pour l’autonomie ont émergé dans un but de réappropriation de moyens d’existence confisqués. Ce fut le cas des Diggers anglais du XVIIème siècle (les « bêcheux ») qui squattèrent collectivement les prés communaux dont le droit d’usage venait d’être privatisé par le mouvement des enclosures ; des paysans ariégeois du XIXème siècle qui se rebellèrent contre le pouvoir en place lors de la Guerre des Demoiselles à cause d’une réforme du code forestier leur interdisant un accès à des ressources vivrières jusque-là collectives ; ou plus récemment du mouvement des zapatistes qui impose depuis 1994 son autonomie tant matérielle que politique vis à vis du gouvernement mexicain. Mais c’est aussi un ensemble de pratiques collectives larges telles la préservation des semences paysannes, le fauchage de champs d’OGM, la mise en place de réseaux d’échanges et d’entraide, ou encore la réalisation collaborative d’outils agricoles qui permettent de s’opposer à la dépossession orchestrée par l’État, le capital et les techno-sciences. Ainsi, si la condition paysanne a pour l’essentiel disparu, du moins dans le sens d’une inscription dans une communauté villageoise dont la production de ses moyens de subsistance caractérisait ses traits essentiels, la référence au passé peut être une source d’inspiration pour l’avenir. Comme l’indiquait John Berger, « Une paysannerie intacte était la seule classe ayant une résistance fondamentale à la consommation. Quand la paysannerie est éliminée, les marchés s’élargissent. ». Œuvrons donc au plus vite à la création de communautés locales suffisamment fortes et solidaires pour mettre un terme au système productiviste modernisateur.

[Fred]

1Voir sur la caractérisation de modernisation agricole les travaux de Christophe Bonneuil : “Une histoire de l’industrialisation de l’agriculture et du vivant du XIXe et XXIe siècles”

2L’atelier Paysan « Reprendre la terre aux machines – Manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire – Seuil – 2021

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