L’insupportable silence face à la guerre

Le conflit s’installe, s’aggrave au fil des jours, sans que nulle voix ne s’élève pour le dénoncer

La poudrière du Golfe

Depuis des mois planait la menace d’une offensive militaire sur l’Iran. Les responsables israéliens soutenus par une large partie de leur population poussaient à l’élimination du pouvoir iranien – au prix d’une destruction totale du pays, si nécessaire – car c’est le dernier État de la région qui s’oppose explicitement à sa politique expansionniste et coloniale. Tous les autres ayant été défaits et soumis1. Mais sans le concours de l’armée étatsunienne une telle opération était irréalisable.

Le Président Trump, toutefois, semblait encore privilégier une solution négociée en raison notamment de l’impopularité d’une guerre dans son pays2. Des tractations avec les représentants iraniens sous l’égide de Oman étaient en cours et promettaient d’aboutir rapidement à un accord sur le programme nucléaire iranien. C’était sans compter sur l’intervention expresse de Netanyahou et l’action intensive du puissant lobby pro-israélien à Washington.

Au matin du 28 février 2026 la guerre est déclenchée. Les premiers bombardements israéliens ont tué l’Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique, et de nombreux responsables politiques et militaires iraniens. Une des premières frappes étatsuniennes a touché une école de filles tuant 170 d’entre elles. L’Iran s’était préparé à cette guerre et a rapidement réagi selon ses avertissements préalables : cibler des lieux stratégiques en Israël et les bases militaires américaines dans les pays du Golfe voisins d’où ont décollé les avions d’attaque.

Dès le déclenchement de cette offensive israélo-étatsunienne, un déluge de feu s’est abattu sur le pays : Des centaines de morts et des milliers de blessés ; des habitations, des hôpitaux, des écoles bombardées ; des routes coupées ; des usines de désalinisation détruites ; des installations pétrolières frappées ; des sites nucléaires touchés et des millions d’habitants fuyant leurs domiciles3.

Deux jours après, le 1er mars c’est au tour du Liban de subir les attaques meurtrières d’Israël : missiles et bombes, pesticides et phosphore blanc ont tué des centaines de personnes, détruit des villages entiers et contraint plus d’un million d’habitants du Sud, de la banlieue sud de Beyrouth et de la Bekaa à fuir vers le centre de la capitale et le nord dans un dénuement total. Des responsables israéliens ont prévenu de vouloir faire du Sud du Liban – coupé du Nord au niveau du fleuve Litani – un autre Gaza.

30 jours après le début de cette guerre, la probabilité d’un embrasement global est plus proche que jamais, d’autant plus que les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, des destructions d’installations gazière et pétrolière dans le Golfe exacerbent démesurément les tensions internationales d’autant plus que dorénavant plane la menace d’un blocage du détroit de Bab al-Mendeb par le groupe Ansarullah du Yémen. De nombreux États participent directement ou indirectement à cette guerre. Le Royaume-Uni et l’Allemagne autorisent l’utilisation des bases militaires sur leur territoire. Les Etats-Unis envoient de plus en plus de troupes dans la région ce qui fait craindre une intervention au sol, etc.

Sur le plan international, les critiques et condamnations des États ne sont adressées qu’à l’Iran tandis qu’Israël et les Etats-Unis sont épargnés4. Le droit international a été enterré sous les décombres de Gaza et plus personne ne le ressuscite dans ce nouvel affrontement. Le seul État occidental – et il faut le souligner – qui qualifie cette guerre menée par ces derniers d’illégale est l’Espagne.

La France en mission… défensive ?

Depuis le début de cette agression contre l’Iran, politiques et commentateurs français répètent à l’envi que la France n’est pas en guerre et que si elle déploie des armes et des soldats supplémentaires dans la région du Golfe c’est pour une mission défensive. Le décor est planté « dès les premières heures du conflit » lorsque plusieurs drones iraniens ont été abattus par les forces françaises « en légitime défense (…) pour défendre l’espace aérien de nos alliés »5. Selon E. Macron, la France doit agir pour la sécurité de ses ressortissants, ses bases et soutenir ses alliés. Dégainer pour mieux défendre ?

Le porte-avion Charles de Gaulle chargé d’une vingtaine d’avions de combat Rafale et deux avions-radars Hawkeye est envoyé en Méditerranée orientale, des systèmes de défense anti-aérienne et des radars aéroportés (des avions Awacs) sont stationnés dans la région, parce que selon Macron « le canal de Suez, la mer Rouge sont aussi sous tension et menacés. Nous sommes à l’initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale »6. Aux côtés de ses alliés, la France dépêche la frégate multi-missions Languedoc vers Chypre. Aux Émirats arabes unis, plusieurs avions de combat Rafale, des chars Leclerc et des canons Caesar sont stationnés entourés de quelques 900 militaires sur trois bases (aérienne, navale et terrestre). Des accords de coopération militaire ont été signés dans les années 1990 avec cet Émirat, ainsi que le Qatar et le Koweït qui prévoient que « si l’un de ces pays est attaqué, la France doit se concerter avec lui, évaluer la menace et peut intervenir militairement ».7

En Irak, l’armée française est présente avec 600 soldats, dix Rafale et une frégate ; en Jordanie, elle entretient deux bases aériennes, avec des avions Rafale et Mirage 2000. En tout, près de 4 000 soldats sont mobilisés en Asie de l’ouest et Afrique de l’est entre bases permanentes et opérations extérieures. La base la plus importante, à Djibouti, dispose d’hélicoptères, de cinq Mirage 2000, quatre canons Caesar et des vedettes rapides qui peuvent intervenir à tout moment dans la guerre en cours. Et ne pas oublier la présence de 700 soldats français au Liban. Au vu de ce déploiement militaire qui ne fait que se renforcer, comment prétendre que la France n’est pas directement impliquée dans cette guerre ? Dès le second jour, des Rafale ont mené « des opérations de sécurisation du ciel », au-dessus des bases françaises aux Émirats arabes unis. Ne sont pas privilégiés des propositions permettant une désescalade et des solutions politiques mais des menaces et des démonstrations de force.

Toutefois, plusieurs pays dont la France ont décliné dans un communiqué daté du 19 mars les demandes d’aide de Trump à débloquer le détroit stratégique d’Ormuz tout en se disant « prêts à contribuer aux efforts nécessaires pour garantir la sécurité du passage dans le détroit », mais « après la sortie de la phase la plus chaude du conflit ». En réponse, les Etats-Unis ont rétorqué avoir « réduit » la capacité de l’Iran à menacer le détroit et sur ce 22 États, dont 17 membres de l’OTAN, déclarent le 21 mars, vouloir contribuer aux « efforts nécessaires » pour rouvrir le passage.

Le coma du mouvement anti-guerre

On aurait pu imaginer que des dizaines si ce n’est des centaines de milliers de manifestants investissent les rues du monde pour crier : STOP, pas en notre nom. Des articles, tribunes, pétitions devraient fuser pour dénoncer, alarmer, s’opposer et appeler à la solidarité avec les populations bombardées. Là non plus, pas de protestations, pas de lettres ouvertes, pas d’appels au respect du droit international. Un État, Israël, peut en toute impunité décapiter le pouvoir d’un autre État et continuer d’assassiner ses responsables sans que cet acte ne soit condamné. Ce même État peut bombarder de larges régions d’un autre État, le Liban, dans l’intention de les vider et les occuper ne suscitant que de faibles protestations de l’Union européenne qui aurait bien d’autres moyens de le stopper. Un autre État, les Etats-Unis, peut larguer des bombes sur une école et tuer plus de 170 fillettes tout en clamant que c’est le fait de l’armée iranienne sans susciter de protestations massives. Une ville entière, Téhéran, peut sombrer dans des fumées et des gaz émanant des dépôts pétroliers bombardés sans que le mouvement écologique ne s’en émeuve. Les installations nucléaires peuvent être ciblées sans que le mouvement anti-nucléaire n’alerte.

Et pendant ce temps, Israël fait main basse sur la Palestine : En Cisjordanie, la colonisation s’accentue, les assassinats se multiplient et l’économie est asphyxiée tandis que dans la Bande de Gaza la population, toujours victime des bombes, survit et résiste dans un désarroi total et un dénuement abyssal.

Que faut-il de plus pour se réveiller ? Faut-il que les prix de pétrole et de gaz, pénurie de carburant, d’aluminium ou d’engrais flambent au point de paralyser l’économie mondiale ? Faut-il attendre qu’Israël ou les Etats-Unis emploient des armes nucléaires pour venir à bout d’un Iran nettement plus puissant qu’attendu ?

Où est le collectif « guerre à la guerre » ? Le mouvement de la paix ? Les associations de solidarité avec la Palestine ? Et toutes les autres formations qui ensemble pourraient lancer une grande mobilisation contre la guerre ? Comment expliquer cet abandon et ce silence ? [Tissa]

1 L’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, le Soudan et avant eux la Somalie ont tous été détruits.

2 Une première guerre israélo-étatsunienne en juin 2025 dura 12 jours et a elle aussi été déclenchée en pleines négociations avec le gouvernement iranien.

3 Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), un mois après le déclenchement de la guerre, les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran ont tué près de 1 500 civils – dont 221 enfants – et 1 167 militaires identifiés. Le Service de la coopération iranienne (IRCS) a indiqué que plus de 87 000 infrastructures civiles avaient été endommagées, dont environ 66 000 bâtiments résidentiels (Le Parisien, 27/03/2026).

4 La résolution 2817 de l’ONU ne condamne que les frappes de représailles de l’Iran sans mentionner l’offensive israélo-étatsunienne qui a déclenché la guerre.

5 Allocution télévisée de Macron le 3 mars.

6 https://www.lejdc.fr/paris-75000/actualites/guerre-au-moyen-orient-renforts-evacuation-des-francais-coalition-ce-qu-il-faut-retenir-de-l-allocution-d-emmanuel-macron_14873252/

7 https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-on-vous-explique-les-accords-de-defense-passes-par-la-france-avec-les-pays-du-golfe-evoques-par-emmanuel-macron_7845314.html

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La guerre avant la guerre,

ou inventaire sommaire des champs de bataille préparatoires aux scénarios de puissance et de destruction

1. Comme devient de plus en plus visible la guerre que la rapacité capitaliste commet contre les êtres humains et la nature, cette main de fer, n’ayant plus rien à masquer, joue désormais sans retenue la carte de la surenchère et du chaos.

2. « Il y aura toujours des guerres… » : la bataille sur la « nature humaine », sur l’invariance supposée des pulsions bellicistes “humaines” est l’engagement préalable d’où découle l’acceptation de l’entrée en guerre ouverte. Mais parle-t-on de la même chose ? De quel conflit guerrier s’agit-il ?quoi d’identique entre des combats ritualisés entre guerriers et des bombardements sur des populations civiles, déclenchés maintenant par des opérateurs de missiles et de drones qui ne voient même pas leurs « adversaires »… Opérateurs qui, rentrés le soir chez eux, comme des salariés, peuvent écouter du Mozart !

L’imputation d’une “nature humaine” belliqueuse relève d’une prophétie auto-réalisatrice lourdement martelée, qui aura secrété les conditions de la guerre de tous contre tous par la compétition économique avec son lot de lâcheté, de trahison, de reniement, de résignation produisant en miroir une “nature humaine” adéquate.

« L’homme est un être dont la nature ne se construit que par les liens avec ses semblables.. et avec la nature ? » (R. Garcia), mais voilà que le bellicisme produit une redéfinition de la « nature humaine » instituée belliciste à partir d’inimitié et de défiance généralisées (précarité économique, incertitude, anxiété, insécurité…). L’anxiété crée la cruauté.

Il ne s’agit pas de se défausser sur de fameuses « conditions » qui dénatureraient une “bonne” humanité… C’est plutôt considérer que le conflit sur la “nature humaine” est à l’origine de toutes les inflexions de l’histoire humaine. La “nature humaine”, dont on peut dire à la fois qu’elle n’existe pas et, à la fois, que c’est un champ de bataille, mais là s’y s’est consommée notre défaite : à s’en être trop remis à une évolution historique soi-disant porteuse d’émancipations sans avoir pris soin d’expliciter comment il était possible de faire bouillir les marmites du futur et à partir de quelle éthique (interdépendance, entraide, maintien de la seule propriété d’usage, dégoût de l’argent…).

3. Guerre et accaparement de l’attention (et pas que… budget militaire qui s’accapare les finances publiques et ampute les budgets sociaux). L’objectif stratégique essentiel est de mobiliser attention et énergie pour occulter la guerre sociale de l’avidité financière de la classe dirigeante contre les luttes salariales et écologiques, etc. Risquons une galipette dialectique d’un autre temps mais qui a néanmoins du sens : le spectacle de l’imminence sempiternelle de la guerre renforce la guerre continuelle du spectacle sur les consciences.

Ce qu’il y a de démonstratif dans les conflits « préparatoires » : que les populations entérinent qu’elles n’auront pas voix au chapitre, que tout ça, ça les dépasse, c’est hors d’atteinte… resserrement du pouvoir sur lui-même…

Vanité des commentaires : la stratégie de la guerre, partagée par les pouvoirs en place, est de placer les populations dans l’impuissance… a fortiori s’il n’y a pas à appuyer un camp contre l’autre, et même si c’est d’abord contre « son » camp qu’il faut guerroyer en pensée tout en mettant à distance l’intox du camp adverse d’où là où on vit.

4. Guerre et épuisement du paradigme-toile de fond de la société civile : consommation, sport et divertissement culturel peinent à remplir le vide existentiel, le progrès ramené juste au déferlement technologique ; le symptôme en est la consommation exponentielle de drogues légales ou illicites de toutes sortes… En contrepoint, le chef d’État français ambitionne un « Retour de l’Histoire » avec les menaces bellicistes : repasser aux “choses sérieuses” ?

« L’Histoire revient » autant dire un paradigme qui veut en chasser un autre, celui de la mobilisation à outrance des sociétés contre la possibilité qu’elles entament leur auto-transformation révolutionnaire.

5. La guerre, aboutissement de la relance économique par les commandes d’armement, par les États, puissance économique solvable en dernier ressort (quand les commandes publiques pour le BTP ne suffisent plus).

La guerre, c’est la production d’armement par la subordination du travail salarié.

Le mouvement ouvrier, y compris dans ses radicalités révolutionnaires, déniait l’hypothèse d’un impératif moral à ne pas travailler pour l’armement, au titre de la mise en équivalence de tous les modes d’exploitation de la force de travail. Le matérialisme militant proscrit la retenue morale, alors que la culture prolétaire mettait à l’index ceux qui passaient à l’ennemi (flics, mâtons, militaires de carrière). Comme si le cours inexorable de la pression historique mènerait les individus à reconsidérer le monde à l’endroit.

En attendant des milliers de salariés passent à la production d’armements qui s’envole : par exemple les Fonderies de Bretagne sous-traitantes de Renault ont été rachetées par une firme fabricant des obus à Tarbes, elle-même sortie de la léthargie. Le Berry autour de Bourges et Montluçon voit des milliers de famille dépendre de salaires issus d’usines d’armement. La firme Thalès, spécialisée dans l’électronique pour l’armement entre autres, annonce des recrutements en nombre. En Allemagne, l’industrie automobile en crise se reconvertit dans la production de véhicules militaires. Il y a peu l’usine Renault de Cléon convertit une chaîne de production à la fabrication de moteurs pour drones militaires.

La division du travail est telle qu’un salarié d’un sous-traitant en électronique peut ignorer que la pièce produite s’intégrera à de l’armement du fait des dispositifs à double usage civil et militaire. Inutile de parier que ces armes ne serviront jamais, évidemment.

6. Une fois engagée, la guerre c’est l’apothéose des pouvoirs incontrôlables : comment les populations peuvent-elles avoir accepté d’être gouvernées pour ensuite être prises en otages par les volontés de puissance de leurs dirigeants ? Comment, par paresse et confort, avoir négligé de réfléchir et de mettre en place un auto-gouvernement, avec des verrous institutionnels pour endiguer toute prise de pouvoir ?

7. La guerre (voilée) par procuration avec l’instrumentalisation de soulèvements populaires attendus : l’embargo imposé à certains États par le centre impérial à la fois pénalise leurs populations du fait du renchérissement d’approvisionnements vitaux et à la fois provoque une augmentation de la corruption, tous éléments facteurs déclencheurs de révolte. Nul besoin de créer des noyaux d’agitateurs infiltrés, les puissances assiégeantes instrumentalisent l’alchimie de la révolte populaire pour déstabiliser les États non-amis (Iran, Cuba, etc.), voire exciter les populations (odieusement, Trump et Netanyahou exhortant la population iranienne à braver les mitrailleuses).

7. Le vrai du faux : entremêlement des propagandes symétriques, mais c’est toujours le camp d’en face qui, soi-disant, manifesterait une propagande outrancière la propagande c’est toujours dans le camp d’en face – ou l’Occident se pensant toujours comme victime, obligé (!) à se défendre (discours massif de l’État israélien) ; MAIS l’ennemi de notre ennemi est rarement notre ami (a fortiori si c’est un État).

Poutine s’est enferré dans un calcul stratégique présomptueux face au défi de l’Ukraine et de son histrion Zélensky (ex-batteleur de télé) à la tête d’un appareil d’État corrompu parvenant à tenir tête à la Grande Russie, mère patrie (religiosité de Kiev comme origine de la Russie…) ; pas de quoi, quand même renvoyer dos-à-dos agresseur et agressé… Mais alors de même pour l’Iran et son régime tyrannique attaqués par Israël et USA… ? [Tristan Vebens]

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Après la guerre, les dégâts durent

Tu n’en reviendras pas vieux joueur de manille

Qu’un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu’il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l’ancien légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux
i

Ceux qui restent, ceux qui reviennent

Ceux qui restent sont à la fois ceux (et surtout celles) qui, à l’arrière du front, au pays, même quand le pays est le front comme à Gaza, doivent trouver les moyens de (sur)vivre en temps de pénuries et de malheurs.

Et puis ceux qui restent sur le champ de bataille, qui manqueront à jamais à leurs proches, à leur lieu de vie, qui laissent des drames et des chagrins, des vies abîmées, des destins abandonnés.

Déjà la pierre pense où votre nom s’inscrit
Déjà vous n’êtes plus qu’un mot d’or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s’efface
Déjà vous n’êtes plus que pour avoir péri
ii

Tous ces soldats disparus, tous ces combattants revenus, tous ces « civils » marqués par les tragédies, les difficultés à vivre en temps de guerre, portent une souffrance qui ne s’efface pas à la fin du conflit.

« Il buvait beaucoup, faisait la fête, et il était violent, raconte Sylvie, après le retour de Claude, 25 ans de service dans l’armée française. La nuit, c’était l’horreur. » Une fois, lors d’un cauchemar, il essaye de l’étrangler. (Le Monde, octobre 2017)

Une nuit, à Kiev, alors qu’ils dormaient dans le même appartement, Volodymyr a réveillé sa fille vers 5 heures du matin avec un couteau. « Il cherchait des mines… Il disait que la position avait été prise par les Russes, que c’était trop silencieux »,confieSofiya. Lorsqu’il est revenu à lui, il avait tout oublié. « On lui a juste dit qu’il cherchait des mines dans le sol en se moquant un peu. » Pour ne pas le perturber davantage. (Le Monde, décembre 2022)

« La guerre suivra ces gens toute leur vie », explique une soignante de l’un des rares centre ukrainiens où il est possible de réparer, un peu…

Le docteur Denis Mukwege, lui, répare les femmes, au Congo : le viol comme arme de guerre est utilisé partout et, dans de nombreux cas, les victimes, rejetées par leur communauté, n’ont plus aucune perspective de vie. Sans compter les naissances consécutives : 5000 estimées après le génocide au Rwanda.

La guerre suivra ces hommes, ces femmes, ces enfants toute leur vie, et souvent aussi la vie de leurs descendants : la transmission intergénérationnelle du trauma, appelée aussi « traumatisme transgénérationnel », montre que les séquelles psychologiques peuvent se perpétuer à travers les générations. Les enfants de parents ayant vécu des traumatismes liés à la guerre peuvent développer à leur tour des symptômes similaires, alimentant un cycle de souffrance collective qui complique la reconstruction sociale.

Ainsi, de nombreux Rwandais de moins de 30 ans, qui n’ont donc pas vécu directement le génocide, souffrent de séquelles psychologiques qui y sont liées.

Des recherches récentes montrent que des modifications génétiques (pas directement à l’intérieur du génome, mais par l’influence de marqueurs qui modifient l’expression de certains gènes) peuvent être induites par les traumatismes subis, et transmises aux générations suivantes.iii

La guerre génère de la souffrance dans la société, bien au-delà de sa fin. A fortiori quand elle n’est pas reconnue comme telle et ses combattants pas honorés par la société à leur retour. C’est ce qu’ont voulu éclaircir des descendant.es de soldats mobilisés en Algérie lors de la guerre d’indépendance, nommée par l’État français « événements d’Algérie » jusqu’en 1999.

Parmi beaucoup d’autres, un livre de l’historienne Raphaëlle Brancheiv et un documentaire de François Aymév cherchent à libérer la parole d’hommes profondément marqués par cette « sale guerre » qui ne disait pas son nom.

Les violences guerrières laissent des traces bien longtemps après la fin des combats et alimentent tous les ressorts favorables à l’émergence de nouveaux conflits, à l’adhésion des peuples aux guerres futures, à la reproduction non seulement de la force de travail, mais aussi de la force de combat.

C’est exactement ce qui se profile pour les « enfants de Daesh », nés ou emmenés mineurs en Syrie, détenus depuis des années dans des camps de fortune et que la France, en particulier, se refuse à rapatrier et à protéger, sinon au compte-goutte.

Mais, les dégâts à long terme ne portent pas seulement sur la perpétuation de la souffrance et de la violence, ils sont également énormes sur la terre et le vivant, générant là aussi une source de profits pour le capitalisme.

« Ils font un désert et ils appellent cela la paix. » vi

Les chiffres sont vertigineux :

A Gaza, 61 millions de tonnes de décombres, 78 % des bâtiments détruits ou endommagés, la moitié des hôpitaux hors service, et seulement 1,5 % de terres encore cultivables pour deux millions d’habitants. (The Conversation, novembre 2025)

En Ukraine, la rupture du barrage Kakhovka en juin 2023 provoque une gigantesque inondation qui s’étend sur plus de 620 km2, causant d’immenses préjudices aux habitants et à l’environnement. Rien n’est épargné par le déferlement des eaux et des pollutions qu’elles drainent. Des rapports font état de la perte de 11 388 tonnes de poissons, 11 294 hectares de forêt, 5 000 hectares de cultures et l’inondation de 60 509 bâtiments. (Socialter, octobre 2025)

Au Vietnam, près d’un tiers des forêts vietnamiennes ont été détruites, et les Vietnamiens sont devenus les premiers humains à être exposés aussi largement à la dioxine. Des années plus tard, des personnes naissent encore avec des handicaps.

Et tout récemment, on apprend que l’armée israélienne a largué « du glyphosate à haute concentration près de la ligne de démarcation entre le pays du Cèdre et l’Etat hébreu. L’épandage de cet herbicide, menaçant la fertilité des sols, pourrait empêcher le retour de la population dans cette zone. » (Le Monde, février 2026)

Yémen, Soudan, Congo, Syrie, Iran, les déplacements de population, la pollution pétrolière, les mines antipersonnel stérilisent les terres agricoles, détruisent les écosystèmes et empêchent, pour longtemps, les habitants de réhabiter leurs territoires.

Et, partout, les hostilités ne sont pas encore terminées que déjà les rencontres entre entrepreneurs rapaces, « investisseurs » et soi-disant « donateurs » se multiplient jusqu’à l’indécence ultime du honteux projet de Riviera à Gaza. Sur cette terre martyre, l’histoire, la topographie et même le cadastre ont été balayés. Disperser les débris sur toute la bande reviendrait à en élever la surface de 30 centimètres. [Marie Motto-Ros]

Les noms sur la pierre ne peuvent être inscrits,

le souvenir s’efface de celles et ceux qui ont vécu là…

Terres ravagées, mémoires écrasées, avenir dévasté, la guerre n’en finit jamais de faire souffrir les peuples et de nourrir le capital.

i Louis Aragon, « Le roman inachevé », Gallimard, 1956. Mis en chansons par Léo Ferré en 1959

ii idem

iii https://www.nationalgeographic.fr/sciences/biologie-psychologie-epigenetique-expression-genique-les-traumatismes-peuvent-ils-se-transmettre-par-les-genes

iv Raphaelle Branche, Papa, qu’as-tu fait en Algérie ?, enquête sur un silence familial (La Découverte, 2020)

v Papa, t’étais où en Algérie ? documentaire de François Aymé (Fr., 2025, 53 min). www.france.tv

vi Tacite, à propos de la conquête de la Bretagne par les romains

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Épisode cévenol n°48

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Les prophètes de l’IA

Nous profitons de la venue de Thibault Prévost, journaliste spécialisé dans les nouvelles technologies à Arrêt sur Image, et auteur du livre « Les prophètes de l’IA, Pourquoi la Silicon Valley nous vend l’apocalypse » (Éditions Lux) pour nous entretenir avec lui. Celui-ci était présent à Anduze en novembre dernier pour une rencontre publique organisée par le collectif Terres Vivantes en Cévennes.

> Tu retraces dans ton ouvrage la constellation d’idéologies nauséabondes portée par les principaux acteurs de la Silicon Valley (qui vont du transhumanisme au libertarianisme, de l’eugénisme au suprémacisme blanc…). Peux-tu en préciser les principaux traits et nous expliquer en quoi partir de cette analyse de te paraît-il important ?

Mon enquête s’articule autour du travail taxonomique mené depuis 2023 par la chercheuse en machine learning Timnit Gebru et du philosophe Emile P.Torres autour des idéologies de la Silicon Valley. Iiels ont développé l’acronyme TESCREAL, pour «  Transhumanisme, Extropianisme, Singularitarisme, Cosmisme, Rationalisme, Effective Altruisme, Longtermisme », qui regroupe les principaux courants de pensée qui animent la tech californienne. Ces différents courants, qui se superposent, sont tous des émanations du récit transhumaniste, plusieurs fois remis à jour en fonction des enjeux de l’époque.

Grosso modo, les élites de la Silicon Valley sont convaincues que leur patrimoine financier et leur monopole sur les moyens informatiques de prédiction du monde font d’eux une nouvelle aristocratie de droit techno-financier. Elon Musk, Peter Thiel et d’autres sont persuadés de former une « élite cognitive » aux capacités intellectuelles supérieures au reste de l’espèce, qui leur confère un droit naturel à guider le devenir de toute l’humanité, comme jadis l’aristocratie de droit divin.

Leur conviction transhumaniste, c’est que le développement de la science et de la technique leur permettra de transcender leur condition humaine pour augmenter leurs capacités cognitive, devenir immortels et s’en aller coloniser la galaxie pour en exploiter les ressources. Aujourd’hui, ils sont persuadés que leur salut passe par le développement de l’IA, et que rien d’autre ne compte – ni la lutte contre le dérèglement climatique, ni l’exploitation du vivant, ni l’instabilité géopolitique, ni des choses aussi triviales que la malnutrition, les inégalités de condition ou les guerres.

Leur volonté de prise de contrôle des démocraties occidentales doit, selon moi, se lire à partir de cet agenda. Ce n’est pas une simple quête de richesse ou de pouvoir, même si ces éléments font évidemment partie du projet : c’est une quête ontologique de transcendance menée par une poignée de quinquagénaires à la richesse et au pouvoir inédits, persuadés de pouvoir désormais créer une divinité artificielle et la faire travailler pour eux. Le récit de l’IA porté par les milliardaires de la tech est non seulement religieux mais ouvertement sectaire.

> Tu montres que les patrons de la Tech ont réussi à imposer une vision à la fois catastrophiste et transcendante de l’IA, une sorte de prophétie divinatoire qui oscille entre la menace existentielle pour l’humanité et la superintelligence capable de sauver le monde… Comment s’est répandu un tel discours et dans quel but ?

Ce discours existe aux marges de la culture de la Silicon Valley depuis très longtemps : l’idée d’une machine capable d’égaler l’intelligence humaine puis de la dépasser est présente dès la création du champ de recherche de l’IA, en 1956. Au début du XXIe siècle, après les multiples échecs de la technique, la notion de « superintelligence » est totalement ringardisée. Elle est revitalisée en partie grâce à Nick Bostrom, président de la World Transhumanist Association, qui joue de son étiquette de professeur à Oxford pour mener un lobbying transhumaniste particulièrement efficace auprès des institutions. Son best-seller Superintelligence, sorti en 2014, donne un vernis pseudoscientifique à ses délires transhumanistes. Depuis, le discours ne fait que croître en importance.

Mais c’est avec la sortie de ChatGPT, le 30 novembre 2022, que ce récit apocalyptique va devenir omniprésent dans la presse et la société civile. Le simulacre d’intelligence proposé par le chatbot fonctionne au-delà des espérances de la Silicon Valley, et sidère autant le public que les journalistes. Les oligarques de la tech comprennent immédiatement l’opportunité de saisir ce moment de suspension critique pour imposer leur récit du futur, et se mettent à hurler sur tous les toits que l’IA peut aussi bien nous transcender vers une utopie cosmique que nous annihiler.

Ce discours n’a que des avantages : il affirme l’inévitabilité de la machine superintelligente -la super-IA va finir par arriver, peu importe ce qu’on décide – et transforme les patrons de la tech en sortes de mages, seuls capables de comprendre, de maîtriser et de contenir la puissance divine d’une technique beaucoup trop complexe pour nous autres mortels. Ce discours leur permet donc d’ordonner simultanément des investissements délirants et une dérégulation à peu près totale, afin qu’ils aient le champ libre pour guider l’humanité. Mais tout ça est intégralement faux : l’IA n’est ni complexe, ni opaque, ni inévitable. La superintelligence n’aura pas lieu, car elle repose sur un mensonge. Et lorsque nous nous rendrons compte de la supercherie, il sera trop tard : le techno-capital aura infiltré et démantelé la démocratie. D’où l’urgence à proposer un contre-récit de l’IA, basé sur les faits plutôt que sur les promesses délirantes, pour sortir collectivement de la sidération.

> Tu fais le constat que l’IA relève d’une industrie lourde dont le développement repose sur l’exploitation de travailleurs.euses sous-prolétarisé.es et sur des besoins démesurés en matières premières, structures, et énergie. En quoi est-ce nécessaire de se représenter cette matérialité là ? Peut-on imaginer que les systèmes d’IA, qui impliquent des capitaux colossaux, puissent au final être conçus pour servir des intérêts autres que ceux du pouvoir dominant ?

Dans le livre, j’utilise un outil critique que je trouve très utile, inventé par le cubernéticien britannique Stafford Beer : l’acronyme POSIWID, qui signifie « the purpose of a system is what it does », « le but d’un système est ce qu’il fait ». Concrètement, ça signifie qu’il faut évaluer la fonction d’un système par ses impacts réels plutôt que par les promesses de ses concepteurs. Lorsqu’on applique cette grille à l’industrie de l’IA, qu’est-ce qui émerge ? Une technique immatérielle, un cloud magique qui génère de la valeur infinie, améliore les conditions de vie du plus grand nombre, « résoud » l’anthropocène, guérit toutes les maladies et transcende l’humanité vers les étoiles ? Que dalle.


Dans les faits, l’industrie de l’IA est une abomination écologique planétaire, qui pollue et détruit tous les écosystèmes qu’elle touche, consomme déjà plus d’électricité qu’une centaine de pays et rejette plus de CO2 que le trafic aérien mondial. C’est une entreprise totale de subrogation du vivant et d’extraction de la force de production, qui précarise et dévalue la condition humaine, qui crée un nouveau prolétariat du clic, réparti selon les anciennes lignes impérialistes de division du travail. C’est une technique de surveillance totale par la prédiction algorithmique, qui efface la diversité des identités, classe, hiérarchise et moyennise les existences comme les pseudosciences racistes du XIXe siècle. C’est une fumisterie au service d’une techno-élite radicalisée, enivrée de sa propre impunité et désormais déterminée à en finir avec la démocratie. C’est un projet sectaire et oppressif, celui d’un monde de castes, un monde artificialisé dominé par une élite sociopathe.

Une IA émancipatrice, au service des communs et du vivant, est-elle possible ? Je ne le crois pas. La technique et son récit politique sont inextricables, et ce récit est fondamentalement suprémaciste. Une informatique alternative est cependant imaginable, à condition de repenser ses conditions même d’existence : sobriété plutôt que croissance ; optimisation plutôt que gigantisme ; localisme, décentralisation et gestion collective plutôt que monopole privé individuel. L’IA, comme toute l’histoire des techniques, rejoue la même histoire de propriété des moyens de production, de modalités d’organisation de la production et du corps social, et de gestion des communs positifs et négatifs.

> Dans un contexte de montée des fascismes et de contrôle généralisé des populations, de quelle manière perçois-tu l’inquiétant rapprochement entre le monde de la Big Tech, de l’ultra-capitalisme, et de celui des pouvoirs autoritaires en place ?

L’hybridation de la techno-élite californienne et des fascismes contemporains, des États-Unis à Israël en passant par la Hongrie, est tout sauf une surprise. Tous deux poursuivent le même but : la mise à mort des structures démocratiques de décision collective au nom du monopole – politique pour l’un, économique pour l’autre. Ce qui se joue actuellement, c’est la fin de quatre décennies de néolibéralisme en radicalisation constante et le dévoilement fasciste des élites politiques, techniques et financières. Ce rapprochement n’est même pas inédit : comme l’ont montre les historiens Jeffrey Herf et Johann Chapoutot, les capitaines d’industrie ont vigoureusement soutenu le projet national-socialiste d’Adolf Hitler, qui décorrélait le « progrès » industriel du progrès social.

Aujourd’hui, Peter Thiel, Elon Musk – qui ont tous deux grandi dans des enclaves ségrégationnistes blanches de l’Afrique du Sud de l’apartheid – ou l’investisseur Marc Andreessen, qui cite allègrement le futurisme italien de Marinetti, allié du fascisme mussolinien, comme source d’inspiration, jouent une partition similaire. « Je pense que la démocratie et le capitalisme ne sont pas compatibles », déclarait Peter Thiel dès 2009. Non seulement cette opinion sécessionniste est partagée par le reste de la Big Tech, mais elle convainc désormais la classe néolibérale, persuadée que l’État-nation du futur fonctionnera en réalité comme une entreprise – un PDG à la place du président, un conseil d’administration à la place du gouvernement, des actionnaires à la place du Parlement.

Cet État contemporain, que Trump est en train de façonner en ce moment même, n’est plus un dispositif de protection de la dignité collective, mais une machine à générer du profit. Or le profit est une entreprise fondamentalement inhumaine, qui repose sur les inégalités de conditions matérielles d’existence. Entretenir et élargir autant que possible ces inégalités est donc au coeur du projet techno-autoritaire, lui-même terminus de la pensée néolibérale d’innovation, de disruption et de privatisation. Aimé Césaire nous avait pourtant prévenus dans son Discours sur le colonialisme : le « très distingué, très humaniste, très chrétien bourgeois du xxe siècle (…) porte en lui un Hitler qui s’ignore ». Quatre-vingt-ans à peine après la fin des atrocités de la Seconde guerre mondiale, un même vent infâme balaie désormais l’Occident, fait à partie égales de fétichisme pour le progrès technique, de haine pour la démocratie et de conviction suprémaciste. L’histoire ne se répète pas, elle bégaie.

[Propos recueillis par Fred]

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Pour des communes résistantes

Dans une période électorale, il est toujours de bon ton de donner un avis sur ce que pourraient faire nos cher.es élu.es, voici donc quelques propositions.

En effet, face aux problèmes qui nous assaillent, j’en retiendrai ici 3, qui découlent de l’emballement du système capitaliste – la crise climatique, les milliardaires, les guerres – car c’est de là que découlent bon nombre de maux dont souffrent les populations de la planète : migrations forcées, famines, épidémies, catastrophes climatiques…

Et il est certain que les élu.es communaux pourraient s’engager et agir à ces niveaux.

La crise climatique touche toutes les populations sur leurs lieux de vie. Qui n’a jamais été touché.e par un feu de forêt, une inondation ou un cyclone ?

Or, nous savons qu’une des meilleures parades à ces évènements extrêmes est de protéger les terres, l’eau, les forêts … Pourquoi ?

Protéger les terres afin qu’elles restent perméables et qu’elles puissent absorber un maximum l’eau qui tombe abondamment au lieu de la laisser ruisseler dessus : empêcher les coupes à blanc, laisser (ou reconstruire) des haies entre les parcelles de terres afin qu’elles retiennent l’eau.

Également un non entretien de terres laissées en jachère plusieurs années après avoir été cultivées, est un terreau qui facilite les feux attisés par les vents, l’exemple de l’Aude, cet été, a été révélateur.

Pour protéger les terres, pour qu’elles restent agricoles ou boisées et ne soient ni bétonnées ni laissées à l’abandon, les élu.es locaux ont un rôle important dans l’élaboration du PLU ou, s’il est déjà élaboré, celui de rester vigilant.es aux terres qui se vendent et que la commune se donne les moyens de les racheter et de les sanctuariser.

Protéger l’eau, qu’est-ce que cela signifie ? Les fleuves et les rivières ont subi, depuis plusieurs décennies,de nombreux aménagements qui modifient le tracé de leur écoulement naturel : que ce soit pour construire une centrale nucléaire (qui nécessite beaucoup d’eau) ou simplement pour un aménagement consécutif à la construction d’une déviation dans un petit village, les fleuves et rivières coulent désormais comme l’Homme l’a décidé et non plus comme le courant de l’eau le faisait naturellement. En particulier dans les zones montagneuses, les rivières serpentaient et faisaient vivre toute la faune et la flore alentour.

Dans le cadre des communautés locales, agglomérations ou métropoles, les élus communaux peuvent œuvrer pour la restauration des tracés naturels des cours d’eau : c’est un travail essentiel pour limiter les crues subites et importantes qui font autant de dégâts dans les campagnes et les petits bourgs.

Protéger les forêts des coupes rases est essentiel pour plusieurs raisons :

> la forêt a un rôle important dans le changement climatique : elle absorbe le CO2 et permet ainsi de limiter les gaz à effet de serre, et ceci d’autant plus que les arbres vieillissent. C’est en effet à partir de 30 à 40 ans que l’arbre remplit bien cette fonction, aussi l’abattre pour replanter des arbres à vocation industrielle, et que l’on coupe au bout de 30 ans, ne remplace d’aucune manière l’arbre centenaire de nos forêts,

> la forêt régule le grand cycle de l’eau, les feuilles des arbres émettent de la vapeur, qui se condense en nuages et qui finissent par tomber sous forme de pluie …. de l’eau locale ! C’est pourquoi conserver les forêts est essentiel dans la situation actuelle de sécheresses désormais chroniques.

Les élus communaux ont un rôle important à jouer en conservant les forêts communales et en faisant de l’information auprès de la population afin d’expliquer aux propriétaires pourquoi il est fortement recommandé de ne pas vendre leur bois sur pied à grande échelle.

Les milliardaires, armés de technologies, sont désormais les maîtres du monde et disposent de chefs d’États marionnettes. Ce sont des prédateurs au service du système capitaliste contraint à investir des sommes colossales pour se perpétuer. C’est ce qu’ils font actuellement avec l’Intelligence artificielle (IA) qui est en train de faire des ravages : Elon Musk et sa congrégation d’hommes blancs, élites universitaires et entrepreneuriales anglo-saxonnes, sont les maîtres de ces structures de captation du capital financier, de déploiement d’infrastructures matérielles, de consommation de ressources énergétiques,d’extractivisme minier et numérique, d’exploitation du prolétariat, de néocolonialisme et de luttes géopolitiques1 (voir les autres articles dans ce même numéro)

L’IA nécessite des investissements mirobolants : les investissements privés ont été multipliés par 11 en 10 ans, les capitalisations boursières s’envolent au point de faire craindre une bulle financière dont l’explosion mettrait en péril l’économie mondiale2, ce qui entraînerait dans la misère l’ensemble des populations.

Tout cela servant à construire les infrastructures nécessaires, en particulier des data centers qui occupent de plus en plus de terres. Ceux-ci, ainsi que les autres équipements, tout comme les requêtes avec l’IA, nécessitent eux mêmes des quantités très importantes d’énergie (qui sera x 4 d’ici 10 ans) et d’eau : souvent raccordés au réseau d’eau potable, on estime que le secteur de l’IA au niveau mondial pourrait utiliser entre 4,2 (l’équivalent de la population de l’Allemagne ) et 6,6 milliards de m³ d’eau en 20273.

L’IA détruit de nombreux métiers dans la culture, les services, l’industrie et donc des milliers de licenciements sont attendus dans les prochaines années.

L’IA ne fonctionne que grâce à un extractivisme colonial sanglant, qui extrait lithium et cobalt au prix de l’accaparement de vies et de terres et de ressources vitales.

Certes, l’élu.e communal.e n’est pas opérationnel.le directement, mais il peut réduire la consommation internet de la commune, lutter contre la dématérialisation de toutes nos démarches, en facilitant au maximum l’accès des services à la population – plusieurs villes l’ont déjà mis en place – afin de conserver des relations entre humains plutôt que d’obliger les personnes à se connecter.

Et dans nos communes cévenoles, il est également essentiel d’être très vigilant.es sur les projets miniers qui pourraient se développer.

Les guerres, un fléau mondial anéantissant des populations non serviles ou jugées inutiles, sont à l’œuvre depuis plusieurs siècles. Face aux soulèvements récents : gilets jaunes, soulèvements de la terre, les mêmes techniques sont désormais utilisées contre les peuples en colère : la guerre a constitué le réacteur principal de l’expansion capitaliste, le bras armé des classes dominantes4. Ce fléau nous concerne de près, n’oublions pas ce discours du chef d’État major des armées, invité à parler devant l’assemblée des maires de France : « Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement. (…) les maires ont un rôle fondamental à jouer », estime-t-il, car ielles sont le «meilleur relais auprès des concitoyens », discours qui a suscité nombre de réactions, et qu’Emmanuel Macron a essayé de temporiser, tout en renouvelant sa confiance au chef des armées, largement relayé par le discours pro-guerre des médias.

Précisons également que les budgets militaires augmentent régulièrement, au détriment de tous les secteurs publics et commerciaux essentiels à notre vie quotidienne. En fait, en France, l’enjeu de la hausse des budgets militaires est surtout industriel pour la confection de matériel de haute intensité comme obus, missiles, etc. ainsi que le renforcement de la guerre électronique.

Certes dans nos communes, nous n’avons pas grand-chose à voir avec tout cela … cependant la bagarre va être rude car, les budgets nationaux, toujours en hausse pour l’armée et l’industrie de l’armement, vont à nouveau être en baisse pour les communes, alors que nous en avons besoin pour la cohésion de nos territoires.

Dans nos communes, informons et soutenons les jeunes dans leur refus d’être embrigadés (voir EC 46), opposons nous aux manifestations et manœuvres militaires…

Et si nous habitons dans une commune où sont implantées des usines de fabrication d’armes, comment rester silencieu.ses ?

Les guerres tuent et obligent des populations entières à s’exiler. Dans nos communes, nous pouvons accueillir des réfugié.es, qu’iels soient syrien.nes, palestinien.nes, ukrainien.nes, soudanais.es, ou mexicain.es, …… la commune peut avoir un rôle de soutien dans cet accueil.

Profitons de cette période électorale pour parler de tout cela autour de nous et si possible en présence des candidats. [Jacqueline]

1Thibaud prévost, les prophètes de l’IA, Lux 2024

2Socialter n°73

3id.

4Mathieu Rigouste – la guerre globale contre les peuples

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Palestine : Renforcer la pression populaire

Dans la Bande de Gaza, après deux années de massacres et de famine, des dizaines de milliers de morts et de blessés et l’anéantissement complet de toutes les infrastructures, un cessez-le-feu est formellement entré en vigueur le 10 octobre 2025. Formellement, car en réalité, Israël bafoue tout accord et a non seulement coupé l’enclave en deux par une « ligne jaune » mouvante, en interdisant l’accès à la partie est (annexant au passage +56+ % de la Bande) mais continue de bombarder (plus de 1500 bâtiments entièrement détruits, plus de 450 tués et des centaines de blessés début décembre). Et de surcroît il empêche l’entrée de l’aide humanitaire et les organisations médicales et de secours de travailler. 37 organisations internationales seront interdites en Palestine à partir du 1er mars. Ce qui fait dire aux Palestinien.nes épuisé.es et désespéré.es par deux années de feu et de sang, que le génocide est toujours en cours.

Imposé par le Président Trump, alors que les États-Unis ont soutenu avec force les massacres dans la Bande de Gaza et continuent d’épauler le gouvernement israélien, le cessez-le-feu entre dans la logique du projet génocidaire. Après l’échec d’une entreprise dévastatrice qui aura duré deux ans, l’objectif affiché par le régime israélien est toujours le même, en employant d’autres méthodes. Derrière le projet de la « Riviera du Moyen-Orient » de Trump que des observateurs raillent comme chimérique et burlesque se cache l’intention funeste d’en finir avec la Palestine.

Le plan de Trump présenté comme un plan de paix est tout sauf une solution viable pour les Palestinien.nes : dans une première phase, la seule acceptée par les composantes combattantes palestiniennes, les otages et les dépouilles israéliens et des centaines de prisonniers palestiniens ont été échangés. Rien n’est moins sûr que la deuxième phase annoncée mi-janvier sera accomplie. Il est question de la démilitarisation de l’enclave, c’est à dire du désarmement des fractions armées et de l’installation d’un « Conseil de paix » présidé par…. Trump, rien d’autre qu’un véritable organe de gouvernance coloniale. Un gouvernement fantoche composé de technocrates palestiniens servirait de diversion. Aujourd’hui il n’est même plus question du retrait des troupes israéliennes de toute l’enclave et du déploiement d’une force internationale. Les dirigeants israéliens ont clairement affiché leur intention de ne pas évacuer la partie de la Bande occupée depuis le cessez-le-feu. La troisième phase consacrée à la reconstruction n’est plus évoquée.

D’ores et déjà le chef d’état major israélien a déclaré que la « ligne jaune » constitue la nouvelle frontière. Ce qui signifie que près de 2 millions d’habitants, dont les trois quarts survivent dans des tentes, sont cantonnés sur 160km2 (l’équivalent de la commune de Nîmes où vivent 150 000 personnes). Et aucun État ne semble condamner cette annexion.

Pour assurer la démilitarisation prévue dans la seconde phase, divers dirigeants arabes auraient exigé un mandat de l’ONU couvrant cette entreprise d’occupation militaire pour le moins illégale. Et voici que les États-Unis qui ont depuis toujours et en particulier durant ces deux dernières années utilisé leur veto contre toute condamnation des crimes israéliens, adressent au Conseil de sécurité une proposition de résolution. Adoptée le 17 novembre 2025, la résolution 2803 représente le summum de la subversion du droit international.1 Celle-ci fait sienne le plan de Trump, annexé au texte de la résolution ! Au cœur de cette entreprise machiavélique, le désarmement des combattants et le transfert des populations, la négation du génocide, l’impunité d’Israël et des États complices et l’effacement de la Palestine et du peuple palestinien. Tandis que l’exploitation des ressources est ouvertement prisée au profit d’intérêts capitalistes, l’aspiration du peuple palestinien à disposer de lui-même et de son droit à l’autodétermination est bafouée. Craig Mokhiber, ancien haut fonctionnaire de l’ONU ayant démissionné pour condamner le génocide, le dit clairement : « En adoptant cette résolution, le Conseil [de sécurité] est en fait devenu un mécanisme d’oppression des États-Unis, un instrument permettant la poursuite de l’occupation illégale de la Palestine et un complice du génocide perpétré par Israël »2.

La France n’est pas en reste. Elle a également habilement contourné le droit international en proposant avec l’Arabie saoudite lors de la réunion de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2025 une déclaration de règlement du « conflit israélo-palestinien », appelée « déclaration de New-York », en contrepartie de la reconnaissance de l’État de Palestine. Rappelons que lors de cette réunion de l’Assemblée générale devait être constatée la non-application de l’obligation de retrait d’Israël des territoires palestiniens occupés depuis 1967 ainsi que l’inertie des États qui n’ont pas pris de mesures contraignantes pour d’une part forcer Israël à ce retrait et d’autre part prévenir le génocide dans la Bande de Gaza. Ces obligations ont été imposées par la Cour internationale de Justice qui toutefois ne dispose pas de moyens coercitifs. Pour annihiler la portée des décisions de la CIJ, qui exigeait des sanctions contre Israël en cas de non respect de ses obligations, la déclaration de New-York adresse à la Palestine de nouvelles anciennes conditions : Reconnaissance de l’Etat d’Israël, reconnaissance de la solution de deux États et arrêt de la lutte armée. Raphaëlle Maison, agrégée des facultés de droit, professeur des universités, alerte : « Il faudrait alors reconsidérer le sens que l’Assemblée générale a, un temps, donné à sa « responsabilité permanente » s’agissant de la Palestine, et admettre qu’elle soutient désormais, en situation de génocide, une injustice majeure, sous couvert de la reconnaissance d’un État palestinien fantoche »3.

Après avoir brossé ce tableau des crimes commis par Israël et des complicités des États alliés, voyons quelques unes des innombrables initiatives de par le monde qui mettent à mal la politique et la réputation de l’État génocidaire. La campagne BDS qui a été lancée par la société civile palestinienne en 2005 a pris une ampleur sans commune mesure depuis plus de deux ans et a obtenu des résultats tangibles. S’il est nécessaire de maintenir cette pression car les acquis peuvent rapidement être remis en question, il faut également l’étendre.

L’économie israélienne tourne au ralenti pour diverses raisons parmi lesquelles la guerre menée depuis plus de deux ans qui nécessite une concentration extraordinaire de moyens financiers et humains. Des centaines de milliers de réservistes sont régulièrement réquisitionnés pour le front tandis que des dizaines de milliers d’employés dans les hautes technologies ont quitté le pays. Près de 50 000 entreprises ont fait faillite. Il en découle notamment une fuite de capitaux et une chute relative des investissements étrangers en particulier dans le secteur technologique4.

Des accords entre divers États européens et Israël sont réexaminés à l’aune du génocide en cours, les partenaires craignant des représailles. C’est notamment dans le domaine militaire que certains États ont réduit ou stoppé leurs livraisons d’armement ou leur coopération. « Le 31 juillet 2025, le gouvernement slovène a interdit l’exportation, l’importation et le transit de matériel militaire vers et depuis Israël ». (…) « Le 8 septembre 2025, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a officialisé l’embargo total sur les armes à destination d’Israël et a annoncé l’interdiction d’accueillir dans les ports espagnols des navires transportant du carburant destiné à l’armée israélienne »5. L’Écosse a suspendu le financement des entreprises de défense qui vendent des armes à Israël.

Et ailleurs, là où il n’y a pas d’embargo militaire, les dockers refusent de charger les armes sur les navires comme cela a été le cas en Italie et en France. Le Groupe de La Haye s’est quant à lui engagé lors d’un sommet en juillet 2025 à mettre fin à tous les transferts d’armes vers Israël. Ces pays sont la Bolivie, la Colombie, Cuba, l’Indonésie, l’Irak, la Libye, la Malaisie, la Namibie, le Nicaragua, Oman, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et l’Afrique du Sud. La Turquie a ensuite déclaré qu’elle suivrait ces mesures.

D’autres pays ont pris des mesures de sanctions économiques. Jusqu’en 2024, plus de 60 % du charbon consommé en Israël provenait de Colombie. Des syndicats et des communautés ont organisé un mouvement de boycott qui a poussé le président Petro à décréter l’interdiction de l’export de charbon vers Israël6.

Des entreprises ont en raison des campagnes de boycott désinvestit en Israël : la multinationale française d’assurance AXA a été contrainte à désinvestir de toutes les grandes banques israéliennes et du plus grand fabricant d’armes israélien Elbit Sytem avant le 24 juin 2024.

C’est une grève de la faim de 73 jours de plusieurs activistes emprisonnés du collectif Palestine Action au Royaume Uni qui a fait qu’Elbit System UK, la principale industrie d’armement israélienne, a été écartée d’un appel d’offre à plus de 2 milliards d’euros destiné à la formation d’unités de l’armée britannique.

L’entreprise Carrefour, ciblée par une campagne internationale a subi quelques revers : la fermeture de ses magasins à Oman, au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie, qui ont été remplacés par l’enseigne « Hypermax ». Carrefour ne semble pas pouvoir s’installer dans plusieurs pays d’Amérique du Sud en raison des protestations. Ses 9 magasins dans les colonies israéliennes n’ont pas ouvert au nom de Carrefour et ne vendent pas ses produits. Il est également constaté que des chaînes de supermarchés en Europe retirent des produits israéliens sans l’annoncer.

Dans le domaine universitaire et scientifique le mouvement BDS s’est considérablement intensifié en 2025 en réaction à la rupture du cessez-le-feu en mars 2025 et l’organisation systématique de la famine, sans oublier la continuation des bombardements et assassinats. « Après deux ans de guerre, Israël déplore environ mille boycotts académiques venant d’institutions américaines ou européennes »7. De nombreuses universités aux États-Unis et en Europe – Espagne, Irlande, Écosse, Pays-Bas, Norvège, etc. – ont suspendu leurs partenariats avec Israël tandis qu’en France et en Allemagne ce type de protestation est quasi inexistant. Les pressions de chercheurs et universitaires sont fortes et les autorités israéliennes s’en inquiètent. En septembre 2025, plus de mille scientifiques de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), à la pointe de la recherche sur les particules ont exigé que la collaboration avec Israël soit réévaluée. Elle concerne plus de 100 chercheurs israéliens associés.

Et la culture n’est pas en reste. Un appel a été lancé en septembre 2025 par près de 4 000 personnalités du monde du cinéma appelant à cesser toute collaboration avec des festivals, cinémas, diffuseurs et sociétés de production considérés comme complices du gouvernement israélien. Rappelons également l’initiative « Pas de musique pour le génocide » qui regroupe plus de 400 labels et musicien.nes qui refusent que leurs œuvres soient diffusées sur les plateformes de streaming en Israël.

L’entreprise d’effacement de la Palestine et des Palestinien.nes est en cours. Et en France elle est accompagnée par un arsenal répressif dont l’objectif est de criminaliser la solidarité avec le peuple palestinien. Il est d’autant plus important de dénoncer la politique génocidaire d’Israël en Palestine, d’intensifier les appels au Boycott et de s’opposer à toute contrainte judiciaire.

« Mais quelle que soit la nature de leurs collaborations ou de leurs rivalités, les États du monde entier qui tentent de terroriser les solidarités internationalistes achèvent par la même occasion de fragiliser les mythes fondateurs sur lesquels ils ont bâti leur légitimation. Par-delà les frontières de l’apartheid global, Palestine devient plus que jamais le nom d’une détermination des opprimé-es à résister pour exister et à s’unir pour se libérer. Il s’agit de bien percevoir qu’au cœur du processus de néofascisation sécuritaire, dans l’ombre de toutes les terreurs d’État, la multiplicité des solidarités en actes avec le peuple palestinien porte en elle la possibilité d’une puissance de libération mondiale »8. [Tissa]

1Pour une analyse de la résolution 2803, voir Raphaelle Maison, https://orientxxi.info/Gaza-Le-conseil-de-securite-de-l-ONU-contre-le-droit-international

2https://www.chroniquepalestine.com/conseil-securite-punit-victime-recompense-criminel/

3https://orientxxi.info/palestine-a-new-york-la-subversion-du-droit-international,8453

4https://www.france-palestine.org/L-economie-genocidaire-d-Israel-est-elle-au-bord-du-gouffre

5https://orientxxi.info/Le-droit-international-apres-Gaza

6https://www.terrestres.org/2025/12/11/la-fabrique-dun-boycott/

7https://orientxxi.info/En-Europe-des-sanctions-inedites-contre-Israel

8Mathieu Rigouste, La guerre globale contre les peuples, Mécanique impériale de l’ordre sécuritaire.

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Épisode cévenol n°47

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Gardanne, à boue et à bois

Gardanne est-elle abonnée aux industries écocidaires ?

Le feuilleton des boues rouges se poursuit avec la mise en examen de la société Altéo dont, « (…) avec l’indulgence de l’État et malgré les dénonciations des défenseurs de l’environnement et les alertes des scientifiques, l’usine de Gardanne (…) a rejeté en mer près de 30 millions de tonnes de boues de coloratio rouge (…). » (le Monde, janvier 2024)

C’est sans doute la même indulgence qui a permis à la centrale « biomasse », également installée à Gardanne, de redémarrer sans que les études d’impact obligatoires aient été réalisées, mais avec un engagement financier de l’État de 800 millions d’euros (voir l’article détaillé dans le numéro 45 de l’Épisode Cévenol).

Et voilà que dans ses conclusions (tout aussi indulgentes), rendues le 15 juillet dernier, « La Commission chargée de l’enquête publique émet un avis favorable au complément à l’étude d’impact prenant en compte les effets indirects de l’approvisionnement en bois de la centrale biomasse GAZELENERGIE (…) ». i

  • 2086 contributions ont été recueillies, dont 86% de citoyens, que la commission nomme « particuliers »…
  • 30% ont été jugées « hors sujet » (probablement celles qui ont voulu évoquer, entre autres, le scandale de l’énergie perdue, appelée « énergie fatale » – ces gens ont décidément un drôle de vocabulaire. La commission, dans ses conclusions, se contente de regretter sa non-utilisation.)
  • les thèmes les plus évoqués sont la gestion de la ressource à 21%, l’impact sur les milieux naturels à 17%, le bilan carbone à 13%.

Sur ce dernier point, sur la base du scénario de fonctionnement annuel de 5 000h présenté dans le dossier, l’intensité carbone serait de 234 kgCO₂e/MWh. À comparer avec une centrale au gaz (418), une centrale photovoltaïque (30), une centrale éolienne (10) et une centrale nucléaire (6).

Du bois dont on fait les pipeaux

L’avis de la commission d’enquête est assorti de 5 réserves et 4 recommandations, dont celle-ci :

« Les sociétés d’exploitation forestière sont contrôlées lors des chantiers par le donneur d’ordre, généralement un GFP Gestionnaire Forestier Professionnel en forêt privée et par l’ONF en forêt publique. »

Dommage, les Gestionnaires Forestiers Professionnelshabilités à effectuer ces contrôles sont bien peu nombreux dans la région (un seul en Lozère, aucun dans le Gard, ni dans l’Hérault) …

Quant à l’ONF, ses effectifs sont passés de 15 000 travailleurs en 1985 à moins de 9 000 en 2020, et la Macronie vient d’y recaser, au poste de présidente, une lobbyiste qui compte parmi ses clients… La Fédération Nationale du bois ! (Mediapart, 25 août)

Et les contrôles préconisés le sont sous forme d’engagements, de « chartes », aucunement contraignants puisqu’il n’est nulle part question de sanctions. L’indulgence est sans limites…

Pour l’association Canopée, « la forêt souffre avec les premiers effets des changements climatiques et sa croissance ralentit. Le puits de carbone est en baisse. Augmenter la récolte n’est pas la solution. A récolte constante, nous proposons plutôt d’accroître la part des produits bois à longue durée de vie avec une transformation sur notre territoire. »ii

Là encore, le gouvernement fait preuve d’indulgence en assouplissant l’encadrement du label bas carbone (Le Monde, 4 septembre).

Capitalisme décomplexé : exploitation, rentabilité, exportation…

La forêt n’est jamais vue comme un écosystème vivant, mais comme une ressource économique, gisement d’un matériau destiné à être avalé par la grande gueule de la centrale. Qu’importent les services écologiques rendus par ce milieu si riche en biodiversité, pour la Commission d’enquête il faut « organiser le regroupement des propriétaires forestiers privés, afin que leurs parcelles puissent disposer d’un document de gestion durable et que l’exploitation en devienne rentable. »

Quand même, une suggestion (et une information) : « (…) le bois déchet est une ressource à retenir. En effet, l’ADEME indique qu’en 2023, 566 189 tonnes ont été collectées dans la région PACA. La quasi-totalité de ce gisement est exportée en Italie et Espagne. »

Le chemin vers des territoires autonomes est encore long : abîmer la forêt, c’est entraver les pratiques de subsistance, telles que décrites par les sociologues Geneviève Pruvostiii et Fanny Hugues qui souligne que « ces pratiques sont particulièrement rendues possibles par la proximité de bouts de forêts, terrains et jardins(…). »iv

[Marie Motto-Ros]

i https://www.hautes-alpes.gouv.fr/Actions-de-l-Etat/Environnement-bruit-risques-naturels-et-technologiques/Participation-du-public-Enquetes-publiques/Enquetes-environnementales/Biomasse-de-la-Centrale-de-Provence-sur-les-communes-de-Gardanne-et-Meyreuil

ii https://www.canopee.ong/campagnes/encadrer-les-bioenergies/

iii Geneviève Pruvost, 2021, Quotidien politique. Féminisme, écologie, subsistance, La Découverte, Paris.

iv https://www.territoires-audacieux.fr/reportages/2025/08/14/debrouilles-rurales-modestes-economie-ecologie/

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S’opposer à la centrale à biomasse de Gardanne

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