L’insupportable silence face à la guerre

Le conflit s’installe, s’aggrave au fil des jours, sans que nulle voix ne s’élève pour le dénoncer

La poudrière du Golfe

Depuis des mois planait la menace d’une offensive militaire sur l’Iran. Les responsables israéliens soutenus par une large partie de leur population poussaient à l’élimination du pouvoir iranien – au prix d’une destruction totale du pays, si nécessaire – car c’est le dernier État de la région qui s’oppose explicitement à sa politique expansionniste et coloniale. Tous les autres ayant été défaits et soumis1. Mais sans le concours de l’armée étatsunienne une telle opération était irréalisable.

Le Président Trump, toutefois, semblait encore privilégier une solution négociée en raison notamment de l’impopularité d’une guerre dans son pays2. Des tractations avec les représentants iraniens sous l’égide de Oman étaient en cours et promettaient d’aboutir rapidement à un accord sur le programme nucléaire iranien. C’était sans compter sur l’intervention expresse de Netanyahou et l’action intensive du puissant lobby pro-israélien à Washington.

Au matin du 28 février 2026 la guerre est déclenchée. Les premiers bombardements israéliens ont tué l’Ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême de la République islamique, et de nombreux responsables politiques et militaires iraniens. Une des premières frappes étatsuniennes a touché une école de filles tuant 170 d’entre elles. L’Iran s’était préparé à cette guerre et a rapidement réagi selon ses avertissements préalables : cibler des lieux stratégiques en Israël et les bases militaires américaines dans les pays du Golfe voisins d’où ont décollé les avions d’attaque.

Dès le déclenchement de cette offensive israélo-étatsunienne, un déluge de feu s’est abattu sur le pays : Des centaines de morts et des milliers de blessés ; des habitations, des hôpitaux, des écoles bombardées ; des routes coupées ; des usines de désalinisation détruites ; des installations pétrolières frappées ; des sites nucléaires touchés et des millions d’habitants fuyant leurs domiciles3.

Deux jours après, le 1er mars c’est au tour du Liban de subir les attaques meurtrières d’Israël : missiles et bombes, pesticides et phosphore blanc ont tué des centaines de personnes, détruit des villages entiers et contraint plus d’un million d’habitants du Sud, de la banlieue sud de Beyrouth et de la Bekaa à fuir vers le centre de la capitale et le nord dans un dénuement total. Des responsables israéliens ont prévenu de vouloir faire du Sud du Liban – coupé du Nord au niveau du fleuve Litani – un autre Gaza.

30 jours après le début de cette guerre, la probabilité d’un embrasement global est plus proche que jamais, d’autant plus que les conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, des destructions d’installations gazière et pétrolière dans le Golfe exacerbent démesurément les tensions internationales d’autant plus que dorénavant plane la menace d’un blocage du détroit de Bab al-Mendeb par le groupe Ansarullah du Yémen. De nombreux États participent directement ou indirectement à cette guerre. Le Royaume-Uni et l’Allemagne autorisent l’utilisation des bases militaires sur leur territoire. Les Etats-Unis envoient de plus en plus de troupes dans la région ce qui fait craindre une intervention au sol, etc.

Sur le plan international, les critiques et condamnations des États ne sont adressées qu’à l’Iran tandis qu’Israël et les Etats-Unis sont épargnés4. Le droit international a été enterré sous les décombres de Gaza et plus personne ne le ressuscite dans ce nouvel affrontement. Le seul État occidental – et il faut le souligner – qui qualifie cette guerre menée par ces derniers d’illégale est l’Espagne.

La France en mission… défensive ?

Depuis le début de cette agression contre l’Iran, politiques et commentateurs français répètent à l’envi que la France n’est pas en guerre et que si elle déploie des armes et des soldats supplémentaires dans la région du Golfe c’est pour une mission défensive. Le décor est planté « dès les premières heures du conflit » lorsque plusieurs drones iraniens ont été abattus par les forces françaises « en légitime défense (…) pour défendre l’espace aérien de nos alliés »5. Selon E. Macron, la France doit agir pour la sécurité de ses ressortissants, ses bases et soutenir ses alliés. Dégainer pour mieux défendre ?

Le porte-avion Charles de Gaulle chargé d’une vingtaine d’avions de combat Rafale et deux avions-radars Hawkeye est envoyé en Méditerranée orientale, des systèmes de défense anti-aérienne et des radars aéroportés (des avions Awacs) sont stationnés dans la région, parce que selon Macron « le canal de Suez, la mer Rouge sont aussi sous tension et menacés. Nous sommes à l’initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale »6. Aux côtés de ses alliés, la France dépêche la frégate multi-missions Languedoc vers Chypre. Aux Émirats arabes unis, plusieurs avions de combat Rafale, des chars Leclerc et des canons Caesar sont stationnés entourés de quelques 900 militaires sur trois bases (aérienne, navale et terrestre). Des accords de coopération militaire ont été signés dans les années 1990 avec cet Émirat, ainsi que le Qatar et le Koweït qui prévoient que « si l’un de ces pays est attaqué, la France doit se concerter avec lui, évaluer la menace et peut intervenir militairement ».7

En Irak, l’armée française est présente avec 600 soldats, dix Rafale et une frégate ; en Jordanie, elle entretient deux bases aériennes, avec des avions Rafale et Mirage 2000. En tout, près de 4 000 soldats sont mobilisés en Asie de l’ouest et Afrique de l’est entre bases permanentes et opérations extérieures. La base la plus importante, à Djibouti, dispose d’hélicoptères, de cinq Mirage 2000, quatre canons Caesar et des vedettes rapides qui peuvent intervenir à tout moment dans la guerre en cours. Et ne pas oublier la présence de 700 soldats français au Liban. Au vu de ce déploiement militaire qui ne fait que se renforcer, comment prétendre que la France n’est pas directement impliquée dans cette guerre ? Dès le second jour, des Rafale ont mené « des opérations de sécurisation du ciel », au-dessus des bases françaises aux Émirats arabes unis. Ne sont pas privilégiés des propositions permettant une désescalade et des solutions politiques mais des menaces et des démonstrations de force.

Toutefois, plusieurs pays dont la France ont décliné dans un communiqué daté du 19 mars les demandes d’aide de Trump à débloquer le détroit stratégique d’Ormuz tout en se disant « prêts à contribuer aux efforts nécessaires pour garantir la sécurité du passage dans le détroit », mais « après la sortie de la phase la plus chaude du conflit ». En réponse, les Etats-Unis ont rétorqué avoir « réduit » la capacité de l’Iran à menacer le détroit et sur ce 22 États, dont 17 membres de l’OTAN, déclarent le 21 mars, vouloir contribuer aux « efforts nécessaires » pour rouvrir le passage.

Le coma du mouvement anti-guerre

On aurait pu imaginer que des dizaines si ce n’est des centaines de milliers de manifestants investissent les rues du monde pour crier : STOP, pas en notre nom. Des articles, tribunes, pétitions devraient fuser pour dénoncer, alarmer, s’opposer et appeler à la solidarité avec les populations bombardées. Là non plus, pas de protestations, pas de lettres ouvertes, pas d’appels au respect du droit international. Un État, Israël, peut en toute impunité décapiter le pouvoir d’un autre État et continuer d’assassiner ses responsables sans que cet acte ne soit condamné. Ce même État peut bombarder de larges régions d’un autre État, le Liban, dans l’intention de les vider et les occuper ne suscitant que de faibles protestations de l’Union européenne qui aurait bien d’autres moyens de le stopper. Un autre État, les Etats-Unis, peut larguer des bombes sur une école et tuer plus de 170 fillettes tout en clamant que c’est le fait de l’armée iranienne sans susciter de protestations massives. Une ville entière, Téhéran, peut sombrer dans des fumées et des gaz émanant des dépôts pétroliers bombardés sans que le mouvement écologique ne s’en émeuve. Les installations nucléaires peuvent être ciblées sans que le mouvement anti-nucléaire n’alerte.

Et pendant ce temps, Israël fait main basse sur la Palestine : En Cisjordanie, la colonisation s’accentue, les assassinats se multiplient et l’économie est asphyxiée tandis que dans la Bande de Gaza la population, toujours victime des bombes, survit et résiste dans un désarroi total et un dénuement abyssal.

Que faut-il de plus pour se réveiller ? Faut-il que les prix de pétrole et de gaz, pénurie de carburant, d’aluminium ou d’engrais flambent au point de paralyser l’économie mondiale ? Faut-il attendre qu’Israël ou les Etats-Unis emploient des armes nucléaires pour venir à bout d’un Iran nettement plus puissant qu’attendu ?

Où est le collectif « guerre à la guerre » ? Le mouvement de la paix ? Les associations de solidarité avec la Palestine ? Et toutes les autres formations qui ensemble pourraient lancer une grande mobilisation contre la guerre ? Comment expliquer cet abandon et ce silence ? [Tissa]

1 L’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, le Soudan et avant eux la Somalie ont tous été détruits.

2 Une première guerre israélo-étatsunienne en juin 2025 dura 12 jours et a elle aussi été déclenchée en pleines négociations avec le gouvernement iranien.

3 Selon l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), un mois après le déclenchement de la guerre, les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran ont tué près de 1 500 civils – dont 221 enfants – et 1 167 militaires identifiés. Le Service de la coopération iranienne (IRCS) a indiqué que plus de 87 000 infrastructures civiles avaient été endommagées, dont environ 66 000 bâtiments résidentiels (Le Parisien, 27/03/2026).

4 La résolution 2817 de l’ONU ne condamne que les frappes de représailles de l’Iran sans mentionner l’offensive israélo-étatsunienne qui a déclenché la guerre.

5 Allocution télévisée de Macron le 3 mars.

6 https://www.lejdc.fr/paris-75000/actualites/guerre-au-moyen-orient-renforts-evacuation-des-francais-coalition-ce-qu-il-faut-retenir-de-l-allocution-d-emmanuel-macron_14873252/

7 https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/guerre-au-moyen-orient-on-vous-explique-les-accords-de-defense-passes-par-la-france-avec-les-pays-du-golfe-evoques-par-emmanuel-macron_7845314.html

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