Dans la Bande de Gaza, après deux années de massacres et de famine, des dizaines de milliers de morts et de blessés et l’anéantissement complet de toutes les infrastructures, un cessez-le-feu est formellement entré en vigueur le 10 octobre 2025. Formellement, car en réalité, Israël bafoue tout accord et a non seulement coupé l’enclave en deux par une « ligne jaune » mouvante, en interdisant l’accès à la partie est (annexant au passage +56+ % de la Bande) mais continue de bombarder (plus de 1500 bâtiments entièrement détruits, plus de 450 tués et des centaines de blessés début décembre). Et de surcroît il empêche l’entrée de l’aide humanitaire et les organisations médicales et de secours de travailler. 37 organisations internationales seront interdites en Palestine à partir du 1er mars. Ce qui fait dire aux Palestinien.nes épuisé.es et désespéré.es par deux années de feu et de sang, que le génocide est toujours en cours.

Imposé par le Président Trump, alors que les États-Unis ont soutenu avec force les massacres dans la Bande de Gaza et continuent d’épauler le gouvernement israélien, le cessez-le-feu entre dans la logique du projet génocidaire. Après l’échec d’une entreprise dévastatrice qui aura duré deux ans, l’objectif affiché par le régime israélien est toujours le même, en employant d’autres méthodes. Derrière le projet de la « Riviera du Moyen-Orient » de Trump que des observateurs raillent comme chimérique et burlesque se cache l’intention funeste d’en finir avec la Palestine.
Le plan de Trump présenté comme un plan de paix est tout sauf une solution viable pour les Palestinien.nes : dans une première phase, la seule acceptée par les composantes combattantes palestiniennes, les otages et les dépouilles israéliens et des centaines de prisonniers palestiniens ont été échangés. Rien n’est moins sûr que la deuxième phase annoncée mi-janvier sera accomplie. Il est question de la démilitarisation de l’enclave, c’est à dire du désarmement des fractions armées et de l’installation d’un « Conseil de paix » présidé par…. Trump, rien d’autre qu’un véritable organe de gouvernance coloniale. Un gouvernement fantoche composé de technocrates palestiniens servirait de diversion. Aujourd’hui il n’est même plus question du retrait des troupes israéliennes de toute l’enclave et du déploiement d’une force internationale. Les dirigeants israéliens ont clairement affiché leur intention de ne pas évacuer la partie de la Bande occupée depuis le cessez-le-feu. La troisième phase consacrée à la reconstruction n’est plus évoquée.
D’ores et déjà le chef d’état major israélien a déclaré que la « ligne jaune » constitue la nouvelle frontière. Ce qui signifie que près de 2 millions d’habitants, dont les trois quarts survivent dans des tentes, sont cantonnés sur 160km2 (l’équivalent de la commune de Nîmes où vivent 150 000 personnes). Et aucun État ne semble condamner cette annexion.
Pour assurer la démilitarisation prévue dans la seconde phase, divers dirigeants arabes auraient exigé un mandat de l’ONU couvrant cette entreprise d’occupation militaire pour le moins illégale. Et voici que les États-Unis qui ont depuis toujours et en particulier durant ces deux dernières années utilisé leur veto contre toute condamnation des crimes israéliens, adressent au Conseil de sécurité une proposition de résolution. Adoptée le 17 novembre 2025, la résolution 2803 représente le summum de la subversion du droit international.1 Celle-ci fait sienne le plan de Trump, annexé au texte de la résolution ! Au cœur de cette entreprise machiavélique, le désarmement des combattants et le transfert des populations, la négation du génocide, l’impunité d’Israël et des États complices et l’effacement de la Palestine et du peuple palestinien. Tandis que l’exploitation des ressources est ouvertement prisée au profit d’intérêts capitalistes, l’aspiration du peuple palestinien à disposer de lui-même et de son droit à l’autodétermination est bafouée. Craig Mokhiber, ancien haut fonctionnaire de l’ONU ayant démissionné pour condamner le génocide, le dit clairement : « En adoptant cette résolution, le Conseil [de sécurité] est en fait devenu un mécanisme d’oppression des États-Unis, un instrument permettant la poursuite de l’occupation illégale de la Palestine et un complice du génocide perpétré par Israël »2.
La France n’est pas en reste. Elle a également habilement contourné le droit international en proposant avec l’Arabie saoudite lors de la réunion de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2025 une déclaration de règlement du « conflit israélo-palestinien », appelée « déclaration de New-York », en contrepartie de la reconnaissance de l’État de Palestine. Rappelons que lors de cette réunion de l’Assemblée générale devait être constatée la non-application de l’obligation de retrait d’Israël des territoires palestiniens occupés depuis 1967 ainsi que l’inertie des États qui n’ont pas pris de mesures contraignantes pour d’une part forcer Israël à ce retrait et d’autre part prévenir le génocide dans la Bande de Gaza. Ces obligations ont été imposées par la Cour internationale de Justice qui toutefois ne dispose pas de moyens coercitifs. Pour annihiler la portée des décisions de la CIJ, qui exigeait des sanctions contre Israël en cas de non respect de ses obligations, la déclaration de New-York adresse à la Palestine de nouvelles anciennes conditions : Reconnaissance de l’Etat d’Israël, reconnaissance de la solution de deux États et arrêt de la lutte armée. Raphaëlle Maison, agrégée des facultés de droit, professeur des universités, alerte : « Il faudrait alors reconsidérer le sens que l’Assemblée générale a, un temps, donné à sa « responsabilité permanente » s’agissant de la Palestine, et admettre qu’elle soutient désormais, en situation de génocide, une injustice majeure, sous couvert de la reconnaissance d’un État palestinien fantoche »3.

Après avoir brossé ce tableau des crimes commis par Israël et des complicités des États alliés, voyons quelques unes des innombrables initiatives de par le monde qui mettent à mal la politique et la réputation de l’État génocidaire. La campagne BDS qui a été lancée par la société civile palestinienne en 2005 a pris une ampleur sans commune mesure depuis plus de deux ans et a obtenu des résultats tangibles. S’il est nécessaire de maintenir cette pression car les acquis peuvent rapidement être remis en question, il faut également l’étendre.
L’économie israélienne tourne au ralenti pour diverses raisons parmi lesquelles la guerre menée depuis plus de deux ans qui nécessite une concentration extraordinaire de moyens financiers et humains. Des centaines de milliers de réservistes sont régulièrement réquisitionnés pour le front tandis que des dizaines de milliers d’employés dans les hautes technologies ont quitté le pays. Près de 50 000 entreprises ont fait faillite. Il en découle notamment une fuite de capitaux et une chute relative des investissements étrangers en particulier dans le secteur technologique4.
Des accords entre divers États européens et Israël sont réexaminés à l’aune du génocide en cours, les partenaires craignant des représailles. C’est notamment dans le domaine militaire que certains États ont réduit ou stoppé leurs livraisons d’armement ou leur coopération. « Le 31 juillet 2025, le gouvernement slovène a interdit l’exportation, l’importation et le transit de matériel militaire vers et depuis Israël ». (…) « Le 8 septembre 2025, le premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a officialisé l’embargo total sur les armes à destination d’Israël et a annoncé l’interdiction d’accueillir dans les ports espagnols des navires transportant du carburant destiné à l’armée israélienne »5. L’Écosse a suspendu le financement des entreprises de défense qui vendent des armes à Israël.
Et ailleurs, là où il n’y a pas d’embargo militaire, les dockers refusent de charger les armes sur les navires comme cela a été le cas en Italie et en France. Le Groupe de La Haye s’est quant à lui engagé lors d’un sommet en juillet 2025 à mettre fin à tous les transferts d’armes vers Israël. Ces pays sont la Bolivie, la Colombie, Cuba, l’Indonésie, l’Irak, la Libye, la Malaisie, la Namibie, le Nicaragua, Oman, Saint-Vincent-et-les-Grenadines et l’Afrique du Sud. La Turquie a ensuite déclaré qu’elle suivrait ces mesures.
D’autres pays ont pris des mesures de sanctions économiques. Jusqu’en 2024, plus de 60 % du charbon consommé en Israël provenait de Colombie. Des syndicats et des communautés ont organisé un mouvement de boycott qui a poussé le président Petro à décréter l’interdiction de l’export de charbon vers Israël6.
Des entreprises ont en raison des campagnes de boycott désinvestit en Israël : la multinationale française d’assurance AXA a été contrainte à désinvestir de toutes les grandes banques israéliennes et du plus grand fabricant d’armes israélien Elbit Sytem avant le 24 juin 2024.
C’est une grève de la faim de 73 jours de plusieurs activistes emprisonnés du collectif Palestine Action au Royaume Uni qui a fait qu’Elbit System UK, la principale industrie d’armement israélienne, a été écartée d’un appel d’offre à plus de 2 milliards d’euros destiné à la formation d’unités de l’armée britannique.
L’entreprise Carrefour, ciblée par une campagne internationale a subi quelques revers : la fermeture de ses magasins à Oman, au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie, qui ont été remplacés par l’enseigne « Hypermax ». Carrefour ne semble pas pouvoir s’installer dans plusieurs pays d’Amérique du Sud en raison des protestations. Ses 9 magasins dans les colonies israéliennes n’ont pas ouvert au nom de Carrefour et ne vendent pas ses produits. Il est également constaté que des chaînes de supermarchés en Europe retirent des produits israéliens sans l’annoncer.
Dans le domaine universitaire et scientifique le mouvement BDS s’est considérablement intensifié en 2025 en réaction à la rupture du cessez-le-feu en mars 2025 et l’organisation systématique de la famine, sans oublier la continuation des bombardements et assassinats. « Après deux ans de guerre, Israël déplore environ mille boycotts académiques venant d’institutions américaines ou européennes »7. De nombreuses universités aux États-Unis et en Europe – Espagne, Irlande, Écosse, Pays-Bas, Norvège, etc. – ont suspendu leurs partenariats avec Israël tandis qu’en France et en Allemagne ce type de protestation est quasi inexistant. Les pressions de chercheurs et universitaires sont fortes et les autorités israéliennes s’en inquiètent. En septembre 2025, plus de mille scientifiques de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN), à la pointe de la recherche sur les particules ont exigé que la collaboration avec Israël soit réévaluée. Elle concerne plus de 100 chercheurs israéliens associés.
Et la culture n’est pas en reste. Un appel a été lancé en septembre 2025 par près de 4 000 personnalités du monde du cinéma appelant à cesser toute collaboration avec des festivals, cinémas, diffuseurs et sociétés de production considérés comme complices du gouvernement israélien. Rappelons également l’initiative « Pas de musique pour le génocide » qui regroupe plus de 400 labels et musicien.nes qui refusent que leurs œuvres soient diffusées sur les plateformes de streaming en Israël.
L’entreprise d’effacement de la Palestine et des Palestinien.nes est en cours. Et en France elle est accompagnée par un arsenal répressif dont l’objectif est de criminaliser la solidarité avec le peuple palestinien. Il est d’autant plus important de dénoncer la politique génocidaire d’Israël en Palestine, d’intensifier les appels au Boycott et de s’opposer à toute contrainte judiciaire.
« Mais quelle que soit la nature de leurs collaborations ou de leurs rivalités, les États du monde entier qui tentent de terroriser les solidarités internationalistes achèvent par la même occasion de fragiliser les mythes fondateurs sur lesquels ils ont bâti leur légitimation. Par-delà les frontières de l’apartheid global, Palestine devient plus que jamais le nom d’une détermination des opprimé-es à résister pour exister et à s’unir pour se libérer. Il s’agit de bien percevoir qu’au cœur du processus de néofascisation sécuritaire, dans l’ombre de toutes les terreurs d’État, la multiplicité des solidarités en actes avec le peuple palestinien porte en elle la possibilité d’une puissance de libération mondiale »8. [Tissa]
1Pour une analyse de la résolution 2803, voir Raphaelle Maison, https://orientxxi.info/Gaza-Le-conseil-de-securite-de-l-ONU-contre-le-droit-international
2https://www.chroniquepalestine.com/conseil-securite-punit-victime-recompense-criminel/
3https://orientxxi.info/palestine-a-new-york-la-subversion-du-droit-international,8453
4https://www.france-palestine.org/L-economie-genocidaire-d-Israel-est-elle-au-bord-du-gouffre
5https://orientxxi.info/Le-droit-international-apres-Gaza
6https://www.terrestres.org/2025/12/11/la-fabrique-dun-boycott/
7https://orientxxi.info/En-Europe-des-sanctions-inedites-contre-Israel
8Mathieu Rigouste, La guerre globale contre les peuples, Mécanique impériale de l’ordre sécuritaire.