Dans une période électorale, il est toujours de bon ton de donner un avis sur ce que pourraient faire nos cher.es élu.es, voici donc quelques propositions.
En effet, face aux problèmes qui nous assaillent, j’en retiendrai ici 3, qui découlent de l’emballement du système capitaliste – la crise climatique, les milliardaires, les guerres – car c’est de là que découlent bon nombre de maux dont souffrent les populations de la planète : migrations forcées, famines, épidémies, catastrophes climatiques…
Et il est certain que les élu.es communaux pourraient s’engager et agir à ces niveaux.
La crise climatique touche toutes les populations sur leurs lieux de vie. Qui n’a jamais été touché.e par un feu de forêt, une inondation ou un cyclone ?
Or, nous savons qu’une des meilleures parades à ces évènements extrêmes est de protéger les terres, l’eau, les forêts … Pourquoi ?
Protéger les terres afin qu’elles restent perméables et qu’elles puissent absorber un maximum l’eau qui tombe abondamment au lieu de la laisser ruisseler dessus : empêcher les coupes à blanc, laisser (ou reconstruire) des haies entre les parcelles de terres afin qu’elles retiennent l’eau.
Également un non entretien de terres laissées en jachère plusieurs années après avoir été cultivées, est un terreau qui facilite les feux attisés par les vents, l’exemple de l’Aude, cet été, a été révélateur.
Pour protéger les terres, pour qu’elles restent agricoles ou boisées et ne soient ni bétonnées ni laissées à l’abandon, les élu.es locaux ont un rôle important dans l’élaboration du PLU ou, s’il est déjà élaboré, celui de rester vigilant.es aux terres qui se vendent et que la commune se donne les moyens de les racheter et de les sanctuariser.
Protéger l’eau, qu’est-ce que cela signifie ? Les fleuves et les rivières ont subi, depuis plusieurs décennies,de nombreux aménagements qui modifient le tracé de leur écoulement naturel : que ce soit pour construire une centrale nucléaire (qui nécessite beaucoup d’eau) ou simplement pour un aménagement consécutif à la construction d’une déviation dans un petit village, les fleuves et rivières coulent désormais comme l’Homme l’a décidé et non plus comme le courant de l’eau le faisait naturellement. En particulier dans les zones montagneuses, les rivières serpentaient et faisaient vivre toute la faune et la flore alentour.
Dans le cadre des communautés locales, agglomérations ou métropoles, les élus communaux peuvent œuvrer pour la restauration des tracés naturels des cours d’eau : c’est un travail essentiel pour limiter les crues subites et importantes qui font autant de dégâts dans les campagnes et les petits bourgs.

Protéger les forêts des coupes rases est essentiel pour plusieurs raisons :
> la forêt a un rôle important dans le changement climatique : elle absorbe le CO2 et permet ainsi de limiter les gaz à effet de serre, et ceci d’autant plus que les arbres vieillissent. C’est en effet à partir de 30 à 40 ans que l’arbre remplit bien cette fonction, aussi l’abattre pour replanter des arbres à vocation industrielle, et que l’on coupe au bout de 30 ans, ne remplace d’aucune manière l’arbre centenaire de nos forêts,
> la forêt régule le grand cycle de l’eau, les feuilles des arbres émettent de la vapeur, qui se condense en nuages et qui finissent par tomber sous forme de pluie …. de l’eau locale ! C’est pourquoi conserver les forêts est essentiel dans la situation actuelle de sécheresses désormais chroniques.
Les élus communaux ont un rôle important à jouer en conservant les forêts communales et en faisant de l’information auprès de la population afin d’expliquer aux propriétaires pourquoi il est fortement recommandé de ne pas vendre leur bois sur pied à grande échelle.
Les milliardaires, armés de technologies, sont désormais les maîtres du monde et disposent de chefs d’États marionnettes. Ce sont des prédateurs au service du système capitaliste contraint à investir des sommes colossales pour se perpétuer. C’est ce qu’ils font actuellement avec l’Intelligence artificielle (IA) qui est en train de faire des ravages : Elon Musk et sa congrégation d’hommes blancs, élites universitaires et entrepreneuriales anglo-saxonnes, sont les maîtres de ces structures de captation du capital financier, de déploiement d’infrastructures matérielles, de consommation de ressources énergétiques,d’extractivisme minier et numérique, d’exploitation du prolétariat, de néocolonialisme et de luttes géopolitiques1 (voir les autres articles dans ce même numéro)
L’IA nécessite des investissements mirobolants : les investissements privés ont été multipliés par 11 en 10 ans, les capitalisations boursières s’envolent au point de faire craindre une bulle financière dont l’explosion mettrait en péril l’économie mondiale2, ce qui entraînerait dans la misère l’ensemble des populations.
Tout cela servant à construire les infrastructures nécessaires, en particulier des data centers qui occupent de plus en plus de terres. Ceux-ci, ainsi que les autres équipements, tout comme les requêtes avec l’IA, nécessitent eux mêmes des quantités très importantes d’énergie (qui sera x 4 d’ici 10 ans) et d’eau : souvent raccordés au réseau d’eau potable, on estime que le secteur de l’IA au niveau mondial pourrait utiliser entre 4,2 (l’équivalent de la population de l’Allemagne ) et 6,6 milliards de m³ d’eau en 20273.
L’IA détruit de nombreux métiers dans la culture, les services, l’industrie et donc des milliers de licenciements sont attendus dans les prochaines années.
L’IA ne fonctionne que grâce à un extractivisme colonial sanglant, qui extrait lithium et cobalt au prix de l’accaparement de vies et de terres et de ressources vitales.

Certes, l’élu.e communal.e n’est pas opérationnel.le directement, mais il peut réduire la consommation internet de la commune, lutter contre la dématérialisation de toutes nos démarches, en facilitant au maximum l’accès des services à la population – plusieurs villes l’ont déjà mis en place – afin de conserver des relations entre humains plutôt que d’obliger les personnes à se connecter.
Et dans nos communes cévenoles, il est également essentiel d’être très vigilant.es sur les projets miniers qui pourraient se développer.
Les guerres, un fléau mondial anéantissant des populations non serviles ou jugées inutiles, sont à l’œuvre depuis plusieurs siècles. Face aux soulèvements récents : gilets jaunes, soulèvements de la terre, les mêmes techniques sont désormais utilisées contre les peuples en colère : la guerre a constitué le réacteur principal de l’expansion capitaliste, le bras armé des classes dominantes4. Ce fléau nous concerne de près, n’oublions pas ce discours du chef d’État major des armées, invité à parler devant l’assemblée des maires de France : « Ce qu’il nous manque, c’est la force d’âme pour accepter de nous faire mal (…) Il faut accepter de perdre nos enfants, de souffrir économiquement. (…) les maires ont un rôle fondamental à jouer », estime-t-il, car ielles sont le «meilleur relais auprès des concitoyens », discours qui a suscité nombre de réactions, et qu’Emmanuel Macron a essayé de temporiser, tout en renouvelant sa confiance au chef des armées, largement relayé par le discours pro-guerre des médias.
Précisons également que les budgets militaires augmentent régulièrement, au détriment de tous les secteurs publics et commerciaux essentiels à notre vie quotidienne. En fait, en France, l’enjeu de la hausse des budgets militaires est surtout industriel pour la confection de matériel de haute intensité comme obus, missiles, etc. ainsi que le renforcement de la guerre électronique.
Certes dans nos communes, nous n’avons pas grand-chose à voir avec tout cela … cependant la bagarre va être rude car, les budgets nationaux, toujours en hausse pour l’armée et l’industrie de l’armement, vont à nouveau être en baisse pour les communes, alors que nous en avons besoin pour la cohésion de nos territoires.
Dans nos communes, informons et soutenons les jeunes dans leur refus d’être embrigadés (voir EC 46), opposons nous aux manifestations et manœuvres militaires…
Et si nous habitons dans une commune où sont implantées des usines de fabrication d’armes, comment rester silencieu.ses ?
Les guerres tuent et obligent des populations entières à s’exiler. Dans nos communes, nous pouvons accueillir des réfugié.es, qu’iels soient syrien.nes, palestinien.nes, ukrainien.nes, soudanais.es, ou mexicain.es, …… la commune peut avoir un rôle de soutien dans cet accueil.
Profitons de cette période électorale pour parler de tout cela autour de nous et si possible en présence des candidats. [Jacqueline]
1Thibaud prévost, les prophètes de l’IA, Lux 2024
2Socialter n°73
3id.
4Mathieu Rigouste – la guerre globale contre les peuples